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Liban

Tariq Ramadan au Music Hall : « Politiquement très correct »...

Il a beau être controversé, non pas tant en sa qualité de philosophe, mais en raison de toute la polémique qui tourne aujourd'hui autour de l'islam en Europe et en Occident en général, Tariq Ramadan a conquis en une heure trente un public divers, mélange de jeunes et de personnalités d'un certain âge, d'islamistes et de laïcs, par sa vision profonde de la religion qui pourrait être une voie vers la paix intérieure.


Un discours politiquement très correct en dépit de la volonté du propriétaire des lieux, Michel Eleftériadès, d'offrir à ceux qui le souhaitent un autre son de cloche, une possibilité d'ouverture et des clés pour réfléchir autrement un monde en perte de ses valeurs, dans le cadre de sa série « politiquement incorrecte ». Prochain invité le 12 janvier avec le Dr Norman Finkelstein.
Pour l'occasion, le Music Hall, haut lieu des nuits beyrouthines, a changé de visage. Évocateur de plaisirs divers, le velours rouge des fauteuils et des murs est soudain devenu un élément de sobriété, d'autant qu'il a rapidement recouvert le bar et ses nombreuses bouteilles. Sur la scène, une table, une chaise et un projecteur. Le décor le plus simple possible donc pour ne pas distraire les auditeurs venus nombreux d'ailleurs et visiblement très intéressés, puisqu'aucun portable n'a sonné intempestivement pendant la conférence.
On attendait un homme flamboyant, plein d'arrogance, à cause des échos de la presse occidentale à son sujet, et c'est un personnage très discret qui remonte la salle vers la scène presque dans l'ombre de l'imposant empereur du Nowheristan, Michel Eleftériadès. L'espace d'un instant, les auditeurs se demandent s'il va pouvoir capter leur attention pendant 45 minutes en plus du temps prévu pour le débat. Mais lorsque Tariq Ramadan prend la parole, dans un anglais accessible et clair, les minutes filent à la vitesse de l'éclair.
Le thème de la conférence est purement philosophique, mais le contenu va bien au-delà pour tenter de donner un sens à la vie et à ce qui gravite autour d'elle. « La religion est-elle un obstacle à la paix ? »
Telle est la question que pose le philosophe avant de tenter d'y répondre, en insistant sur sa volonté de rester dans les principes fondamentaux. Il commence très vite par décrire l'humanité, qui offre un concentré de violence, d'agressivité de lutte pour le pouvoir et les guerres qui vont avec. Puis il précise que la religion est en principe vouée à traiter l'humanité et par conséquent, elle devrait être tout ce qui caractérise l'humanité. Il reprend ensuite la phrase célèbre de Blaise Pascal : « L'homme n'est ni ange ni bête. Le malheur veut que celui qui veut faire l'ange fait la bête », pour définir les contradictions humaines. Et à ceux qui estiment qu'ils ne sont que des anges, il lance : « Ne vous idéalisez pas et n'idéalisez pas l'humanité. »
Pour Ramadan, l'homme ne naît pas en paix avec lui-même. Il est la proie de tensions dues aux tiraillements entre l'ange et la bête. Il doit donc essayer de trouver la paix, et la justice est une condition pour l'atteindre. La religion est un moyen pour y arriver, à condition de ne pas tomber dans les distorsions.
Si l'homme donne leur place à chacune de ses dimensions, il peut atteindre la paix, mais il doit pour cela travailler sur lui-même car son statut naturel est la guerre. En principe, l'amour est un moyen de combattre les conflits, mais il peut parfois devenir lui-même une source de tensions. La spiritualité, qui est le contraire de l'émotion, puisqu'elle va, elle, en profondeur, alors que l'autre reste en surface, est un autre moyen. Au même titre que l'éducation. Car, selon le philosophe, on ne naît pas démocrate, mais on apprend à le devenir en acceptant de partager ses biens, son rôle, sa vie... On vient de quelque part et on va quelque part, l'islam, comme les autres religions, est la voie. L'homme a la même valeur, qu'il soit musulman, chrétien, bouddhiste, juif ou autre. Mais pour atteindre la paix, il doit d'abord se libérer de son ego (une phrase qui a eu un impact extraordinaire sur l'assistance), qui est la première prison qui l'étouffe. La spiritualité (et avec elle la religion) est un moyen de libération, sauf lorsqu'elle devient elle-même une prison en étant perçue comme une fin en elle-même et comme une vision réductrice des autres. « Welcome to the world of all rights », a lancé Ramadan, qui a voulu montrer ainsi qu'une des distorsions est le sentiment de détenir la vérité. Il a donc invité les hommes à avoir de l'humilité et à cesser d'émettre des jugements les uns sur les autres. Si ce travail n'est pas fait, la religion peut aussi devenir un obstacle à la paix en se transformant en instrument pour juger les autres.
Pour atteindre la paix intérieure, il faudrait donc, selon Tariq Ramadan, commencer par se libérer de son ego, se convaincre qu'on ne détient pas lé vérité, cesser de juger les autres et traiter avec la diversité en la considérant comme une occasion d'être meilleur, et non en voyant les autres comme une menace ou comme des conquêtes potentielles.
Le philosophe dénonce aussi la mentalité de la victime qui est de plus en plus répandue, et son corollaire l'idéologie de la peur, qui pousse chacun à se considérer comme la victime d'un autre, quel que soit celui-ci. « Les victimes d'aujourd'hui seront les bourreaux de demain, si l'on n'y prend pas garde », a affirmé Ramadan qui a ajouté qu'il est indispensable de respecter les autres, non de se contenter de les tolérer. Enfin, il déplore le manque de courage, qui est aujourd'hui dicté par la peur, peur de parler et peur d'agir...
Il répond ensuite aux questions des présents qui ont tourné autour de l'interprétation des textes musulmans, du rôle de la femme dans l'islam et du concept des jihadistes. Ramadan refuse toute interprétation réductrice des textes et appelle à donner de l'espace aux gens pour qu'ils puissent débattre. Il affirme aussi que tuer n'est jamais la solution, tout en invitant les citoyens à être actifs au sein de la société.
Ce philosophe islamiste, petit-fils du père des Frères musulmans, Hassan el-Banna, qui revendique d'ailleurs ses origines, tout en se considérant comme un Européen et qui donne aujourd'hui des conférences aux quatre coins de la planète, des États-Unis à l'Espagne en passant par l'Afrique et le M-O, a donc invité les présents à une véritable réflexion sur la religion et sur la vie, loin de toute volonté polémiste. Des discours comme cela, on en redemande.
Un discours politiquement très correct en dépit de la volonté du propriétaire des lieux, Michel Eleftériadès, d'offrir à ceux qui le souhaitent un autre son de cloche, une possibilité d'ouverture et des clés pour réfléchir autrement un monde en perte de ses valeurs, dans le cadre de sa série « politiquement incorrecte ». Prochain invité le 12 janvier avec le Dr Norman Finkelstein.Pour l'occasion, le Music Hall, haut lieu des nuits beyrouthines, a changé de visage. Évocateur de plaisirs divers, le velours rouge des fauteuils et des murs est soudain devenu un élément de sobriété, d'autant qu'il a rapidement recouvert le bar et ses nombreuses bouteilles. Sur la scène, une table,...
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