Moins d'une semaine après le départ de Talal, six autres vies seront fauchées sur ces mêmes routes par six autres chauffards, transformant notre deuil que l'on voulait, à l'image de notre ami, serein et silencieux, en cri d'alarme. Refusant que le martyre d'un être cher se transforme en simple statistique, des personnes que rien ne disposait à vivre une pareille épreuve ont surmonté leur douleur, que vous devez imaginer terrible et sont descendus dans la rue pour essayer d'éviter à d'autres pareilles souffrances, magnifique abnégation qui force l'admiration, mais est-ce suffisant ? N'y a-t-il pas, selon l'expression chère à Hamlet, quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark ? L'association Kun Hadi, et avant elle la YASA, et avant elle la Croix-Rouge... n'ont-elles pas essayé, chacune à son tour et à sa manière, de sensibiliser l'opinion - et surtout les jeunes - sur cette catastrophe nationale que sont devenus les accidents de la route ? Mais faute de moyens coercitifs, ces campagnes de sensibilisation se sont vite transformées en aimables remontrances.
À qui donc la faute ? Qui, seul, a les moyens et la légitimité non pas de prévenir ou de guérir, mais de punir ? C'est évidement l'État. Avec plus de 900 morts et 12 000 blessés par an, la sécurité routière n'est toujours pas une priorité au Liban, et ces chiffres, faute de sanctions, seront sûrement revus à la hausse. Voilà pourquoi chaque fois que je me souviendrai de Talal, j'accuserai de négligence tous les responsables qui auraient pu faire en sorte que Talal reste avec nous ou qui peuvent faire en sorte que d'autres Talal ne soient séparés des êtres qui leurs sont chers.


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