Depuis 1993, « le nombre de leucémies chez les enfants de moins de quinze ans a été multiplié par quatre environ », indique à l'AFP le Dr Janan Hasan, qui exerce dans le nouvel hôpital pédiatrique de Bassora.
« La plupart sont classés à haut risque, c'est-à-dire que leur chance de survie est faible », a-t-elle souligné en marge de l'inauguration, alors que s'agglutinent autour d'elle des parents en détresse, accompagnés d'enfants malades, le crâne souvent chauve à force de chimiothérapie.
L'hôpital, construit grâce à des financements et des soutiens internationaux, a ouvert officiellement jeudi, mais fonctionne déjà partiellement depuis plusieurs mois. « Cet hôpital est une avancée majeure, a déclaré la spécialiste. Mais nous manquons encore d'équipements de pointe, de laboratoires et de nombreux médicaments. Nous espérons les obtenir dans le futur. »
Pour ces raisons, Muntadar, trois ans et une intraveineuse fichée dans la cheville, ne pourra pas être soigné sur place, après la découverte d'une tumeur cancéreuse il y a un an. « Nous l'avons emmené en Iran il y a quelques mois, où il a été opéré, pour essayer de le soulager », raconte sa mère, Inas Ahmad, levant le tee-shirt Mickey du garçonnet pour révéler une profonde cicatrice sur son ventre. « Ils ont dit qu'ils ne pouvaient rien faire pour lui, alors on essaie de le faire soigner ailleurs, peut-être en Thaïlande », soupire Mme Ahmad, avec le même regard résigné que son fils.
Une étude de l'Université de Washington, à Seattle, menée avec le soutien du Dr Hasan et celui du centre hospitalier universitaire de Bassora, a révélé que le nombre de leucémies recensées chez les enfants de la région a considérablement grimpé entre 1993 et 2007.
Les auteurs de l'étude publiée par l'American Journal of Public Health, Amy Hagopian et Tim Takaro, ont décompté 15 cas de leucémie en 1993 chez les moins de quinze ans, un pic de 97 cas en 2006, et 56 cas en 2007.
« Le taux de leucémie chez les enfants de Bassora est plus important que celui observé dans les pays voisins comme le Koweït ou Oman, ou encore aux États-Unis ou l'Union européenne », note l'étude.
Mohammad Kamil, directeur adjoint du nouvel hôpital, confirme que « les études montrent une multiplication par trois ou quatre du nombre de leucémies chez les enfants de Bassora », mais souligne qu'il n'y a « pas d'étude sur les causes ».
La pollution industrielle et les émanations des puits de pétrole voisins sont mises en cause. Mais aussi la situation de Bassora, qui s'est trouvée en première ligne lors des trois principales guerres irakiennes : celle contre l'Iran de 1980 à 1988, la première guerre du Golfe en 1991, et l'invasion américaine de 2003. « Nous formulons l'hypothèse que l'exposition à des produits dangereux pendant ces guerres pourrait avoir été leucémogène », indiquent Hagopian et Takaro dans leur étude.
Difficile de savoir précisément quelles armes ont été utilisées pendant ces guerres, et lors de la répression d'une rébellion chiite dans le sud de l'Irak par le gouvernement de Saddam Hussein. Certains montrent du doigt les armes à l'uranium appauvri utilisées par les États-Unis et les forces de la coalition en 1991 et 2003. Mais il n'existe pas de preuves scientifiques sur le lien entre cette radioactivité et les problèmes de santé. « Aucune étude n'a été menée sur cette question en Irak », assure le Dr Hasan.


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