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Nos lecteurs ont la parole

Générations perdues

Fouad J. TABET
Vingt-huit ans déjà qu'une comète politique traversait le ciel libanais, très assombri à l'époque.Vingt-huit ans ! Soit plus de sept à huit générations qui auraient eu aujourd'hui 28 ans. Un temps amplement suffisant pour recevoir une éducation à l'image de celle que voulait inculquer le président Bachir Gemayel en proclamant les 10 452 kilomètres carrés. En fait, il appelait à une révolution de tout le concept de l'État qui avait été édifié depuis 1943.
Pour ne pas parler des générations perdues, depuis le temps de Béchara el-Khoury et Riad el-Solh, le Liban d'il y a vingt-huit ans subissait diverses hégémonies contre lesquelles il se débat encore aujourd'hui.
Que voyons-nous aujourd'hui ? Des querelles de chefs de parti, des joutes verbales, avec recours à un vocabulaire souvent des plus vulgaires, des querelles d'idéologies tout à fait irresponsables. Irresponsables pour la bonne raison que l'on ne peut reprocher à ceux qui vivent d'idéologies importées (alimentées par une trésorerie sans limite) de les défendre et de les promouvoir.
Nul dans le régime politique de la République libanaise n'a réussi à ce jour à mettre en exergue ce qui est indispensable sur ce territoire de 10 452 kilomètres carrés : l'éducation d'un véritable citoyen. Or, tant que cette éducation ne pourra être appliquée, il est impossible d'espérer sortir de cet imbroglio que représentent les peuples qui occupent le territoire du Liban.
La conséquence de cette situation, c'est qu'elle engendre à longueur de décennies des confrontations verbales ou guerrières qui plongent le pays dans la crise actuelle.
Attention de croire que si nous demeurons avec les coordonnées de cette mosaïque politique ibanaise, les situations vont changer ou s'améliorer. Rien ne pourra changer avant l'émergence d'une nouvelle génération dont les membres devront apprendre comment et suivant quel schéma ils doivent savoir vivre en harmonie les uns avec les autres.
Les vecteurs sont nombreux. Sinon, il faudra « faire avec », c'est-à-dire accepter les échéances dramatiques qui apparaîtront chaque quelque temps, dans dix, vingt-cinq ou cent ans.
Ce dont nous avons impérativement besoin, c'est d'un chef qui sache, selon un schéma bien établi, sortir de ce cercle vicieux des mille irresponsables (politiciens et acolytes) qui prennent en otages 3 999 000 Libanais dont le seul souci majeur est de vivre en paix sur ce territoire béni des dieux qu'est le Liban.
La tâche est certes très difficile et demande toute une révolution dans les mentalités, la conception de cette multiconfessionnalité qui planifierait pour les générations futures un système d'éducation « politique » à adopter. Il y aura lieu de l'appliquer dans tous les secteurs publics (pour corriger les errements des générations passées) et futurs, tous les secteurs éducatifs, depuis le primaire, le secondaire jusqu'à l'universitaire, pour, au mieux, suivre et appliquer les nouvelles orientations avec l'aide de l'éducation familiale. Ces nouvelles orientations doivent a priori être approuvées autant par les instances politiques que par les instances religieuses, conscientes de leur responsabilité pour assurer l'avenir des nouvelles générations ; sans quoi, aucun progrès pour former un citoyen libanais ne sera possible. Le Liban est une équation complexe, un amalgame de peuples liés à des civilisations diverses, qui a besoin d'une réflexion profonde pour que l'on puisse y établir une forme éducative qui tienne compte de toutes ses données.
Un changement ? Même si ce qui est dit ci-haut tient du rêve, il faut savoir que sans cette utopie que représente une éducation généralisée à appliquer à tous les Libanais, nous resterons en l'état. À savoir : après le départ des Turcs, puis des Français, puis des nassériens, puis des Palestiniens, puis des Israéliens, puis des Syriens, et bientôt l'arrivée et le départ des Iraniens, qui ont tous désespéré de gérer la politique libanaise, nous resterons comme nous sommes en ce moment : un assemblage de religions et de peuples toujours à la recherche de leur identité, que nul étranger ne pourra gérer, si ce n'est la seule entente entre tous les peuples du Liban .

Fouad J. TABET
Vingt-huit ans déjà qu'une comète politique traversait le ciel libanais, très assombri à l'époque.Vingt-huit ans ! Soit plus de sept à huit générations qui auraient eu aujourd'hui 28 ans. Un temps amplement suffisant pour recevoir une éducation à l'image de celle que voulait inculquer le président Bachir Gemayel en proclamant les 10 452 kilomètres carrés. En fait, il appelait à une révolution de tout le concept de l'État qui avait été édifié depuis 1943.Pour ne pas parler des générations perdues, depuis le temps de Béchara el-Khoury et Riad el-Solh, le Liban d'il y a vingt-huit ans subissait diverses hégémonies contre lesquelles il se débat encore...
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