Mkhaimar Abusada enseigne les sciences politiques à l’Université al-Azhar de Gaza.
Le Hamas refuse toute négociation directe avec Israël et a l'intention de faire échouer ces pourparlers par la violence. Il a frappé une première fois la veille des pourparlers par une embuscade menée par les brigades al-Qassam, l'aile militaire du Hamas, contre des colons israéliens à Hébron, faisant quatre morts.
Le Hamas a déclaré qu'il continuerait à mener ses attaques depuis la Cisjordanie, mais pas depuis Gaza. Ceci suite aux fréquentes déclarations des dirigeants du Hamas depuis la guerre de Gaza de 2008 de ne plus vouloir provoquer une autre attaque israélienne qui pourrait leur coûter leurs postes au gouvernement.
Israël ne reconnaît pas la distinction entre les attaques du Hamas planifiées depuis la Cisjordanie et celles planifiées depuis Gaza. Cependant, un assaut israélien de grande ampleur sur le Gaza du Hamas, redouté en réponse aux assassinats de Cisjordanie, pourrait interrompre les négociations.
La stratégie du Hamas est de pointer du doigt la faiblesse de l'Autorité palestinienne en démontrant qu'elle ne peut contrôler la Cisjordanie, ainsi qu'elle s'y est engagée dans les négociations. De plus, le Hamas est tout à fait conscient que ses attaques ont poussé Israël à insister plus encore pour faire de la question de la sécurité un élément-clé de tout accord. Ceci, en retour, met en lumière la coopération sur la sécurité en cours entre Israël, l'Autorité palestinienne et les États-Unis, sapant encore une fois les prétentions de l'Autorité palestinienne comme représentant de l'ensemble du peuple palestinien.
Toute rhétorique mise à part, l'opposition du Hamas aux pourparlers directs avec Israël est une manière de démontrer aux États-Unis que le Hamas est un élément central de la réalité politique de la région et ne peut donc être ignoré. Si le Hamas ne fait pas partie du processus, il n'y aura pas de processus.
Le Hamas insiste sur le fait que le président palestinien Mahmoud Abbas n'a pas de légitimité pour négocier au nom des Palestiniens et que tout accord qu'il signerait avec Israël ne constituerait pas un engagement. Le Hamas prétend être le vrai représentant des Palestiniens, ayant gagné la majorité des sièges au Conseil législatif palestinien (CLP) en janvier 2006 (le mandat du CLP a expiré en janvier 2010, mais de nouvelles élections doivent être organisées.)
Le Hamas n'ignore pas que la clé pour sortir de son isolation politique, imposée après sa victoire de 2006, est entre les mains des États-Unis. Les responsables du Hamas ont d'ailleurs récemment reconnu avoir envoyé des messages à l'administration Obama pour relancer le dialogue.
Le message le plus récent, envoyé par le biais d'un groupe d'universitaires américains en visite dans la région, demandait au gouvernement américain d'adopter une position plus équilibrée dans le conflit israélo-palestinien. Le Hamas, pour sa part, accepte l'idée d'un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza, sous réserve d'un retour de tous les réfugiés et de la libération par Israël de tous les prisonniers palestiniens. Mais le Hamas n'a toujours pas fait le pas, critique aux yeux des Américains, consistant à reconnaître Israël - et donc à accepter une solution de deux États.
Pour l'instant, le Hamas et les Palestiniens de Gaza sont exclus des pourparlers de paix, ce qui signifie que les négociations ne permettront probablement pas de mettre fin au conflit israélo-palestinien. Mais plus les habitants de Gaza seront laissés dans ce mélange malsain d'état de siège, de pauvreté et de chômage, plus cela renforcera les partisans de la ligne dure du Hamas.
Les États-Unis se sont beaucoup investis dans les démarches diplomatiques pour amener Netanyahu et Abbas à la table des négociations, et ils ne sont pas prêts à accepter un échec de ces pourparlers. Pour autant, le maintien du boycott du Hamas par les Américains renforce la logique de ceux qui tentent de saboter les négociations. Qu'ont-ils à perdre ?
L'avenir de ces pourparlers directs dépend donc non seulement de Netanyahu et de Abbas, mais aussi de la manière avec laquelle ils vont gérer les extrémistes dans leurs propres camps. Netanyahu va-t-il abandonner son discours idéologique, négocier sérieusement avec les Palestiniens et faire les concessions nécessaires ? Les Palestiniens accepteront-ils de faire le pas décisif et prendront-ils avantage des pressions du président américain Barack Obama ?
Les enjeux sont importants, et un échec serait coûteux tant pour les Américains que pour les Palestiniens et les Israéliens. Si les pourparlers échouent, la politique étrangère américaine au Moyen-Orient n'en sera que plus discréditée et rien ne permettrait alors d'éviter une reprise du conflit.
Pour les Palestiniens, il est probable que ce soit la dernière chance de Abbas. Il mesure le peu d'autorité qui lui reste à l'aune du succès des pourparlers et, en cas d'échec, les Palestiniens ne manqueront pas de décompter les jours avant qu'il ne soit obligé de céder son poste. Pour Netanyahu, peut-être que le fait de maintenir un statu quo sera considéré comme une victoire, du moins à court terme. Mais la marge d'erreur stratégique d'Israël n'en sera que diminuée.
Pendant ce temps, le Hamas attend son heure. Un échec des discussions israélo-palestiniennes ne ferait que confirmer le principal argument du Hamas : rien ne peut se faire sans nous.
© Project Syndicate, 2010.
Traduit de l'anglais par Frédérique Destribats

