Donc reprenons. Monsieur Cahuzac argumente et dit : « Plutôt que de retirer leur nationalité à certains, ce qui n'aura aucun effet sur les résultats de la politique de sécurité, pourquoi ne pas rappeler cette nationalité à ceux qui sont partis, et leur demander de payer quelque chose en France, pays où ils sont nés, où ils ont été soignés, où ils sont allés à l'école ? » Cela fait plus de dix ans que je suis « expatriée » au Liban et plus de quinze ans que j'ai pris la décision de venir y vivre. Vivre dans ce pays francophone, francophile qui avance, souvent, en « brasse coulée » mais qui avance. C'est justement au nom de la France que je suis venue m'y établir. Et j'ai toujours eu à cœur de représenter les valeurs républicaines de celle-ci : liberté, égalité, fraternité. Ah ! oui, cela fait rire au XXIe siècle, et j'entends au loin : « La France du maréchal est de retour. » C'est normal, les Hexagonaux ont pris la mauvaise habitude de croire que ces valeurs sont acquises. Mais que voulez-vous, je me suis fixé comme but, lorsque je fais la queue au mini-marché du coin, de faire remarquer mon mécontentement au tenancier, lorsque celui-ci veut me faire passer devant la Philippine parce qu'il m'a entendue parler français.
Le rétrograde n'est-il pas celui qui croit que les Français n'ont rien à apprendre des autres peuples ? Moi j'ai beaucoup appris ici. C'est donc à nous, Monsieur le député, « ceux qui sont partis », de vous « rappeler cette nationalité », et les valeurs qui y sont associées. Expatriée ne signifie pas exilée fiscale. Vous qui sembliez vous insurger contre les nouvelles taxes, annoncées par le Premier ministre, qui « allaient peser sur les ménages plus que sur les entreprises ». D'autre part, je ne crois pas avoir volé mon éducation. Fille d'ancien combattant, mes parents ont contribué en temps et en heure aux services de la nation. Et n'ayant pas « profité » de la crèche dans mon enfance, serait-il possible de la défalquer ?
Autre argument : « La France est le pays où ils reviennent quand ils ont des soucis. » Trente-trois jours de guerre (juillet-août 2006 - NDLR) et je ne suis pas rentrée dans mon pays aux frais de la princesse. J'ai fait la queue à l'approvisionnement d'essence, et ai vécu selon les coupures d'électricité et d'eau en compagnie de mes amis d'« infortune », parce que j'estimais que ça aussi c'était être fille de la République.
Je conclurais, Monsieur le député socialiste, que dans le pays dans lequel je vis il n'y a pas de protection sociale ;
il n'y a, encore moins, pas de points de retraite à comptabiliser jour après jour pour pouvoir atteindre l'âge de la retraite à 60, 65, 67 ans. La mienne sera donc prise à l'âge où je partirai pour d'autres cieux. Cette même retraite, et ces fameux points qui vous font, vous socialistes, courir dans les couloirs de notre Assemblée républicaine comme des soi-disant « révolutionnaires » hirsutes à - combien déjà ? - 20, 30 contre un.
Mais finalement, la bonne nouvelle dans tout cela c'est que vous venez de faire gagner 11 sièges de députés à l'UMP pour les prochaines élections. Militante de l'UMP au Liban, j'ai eu à « manger mon chapeau » cet été avec les expulsions de Roms, d'autant plus que parce que l'« Orient est compliqué », j'ai moi-même longtemps vécu sans papiers, trop longtemps. Être militante UMP, donc de droite, pour moi ce n'est pas défendre un libéralisme entrepreneurial qui ferait la part belle aux nantis. Moi-même vivant dans un pays qui se veut émergent, je n'ai jamais eu en dix ans un salaire supérieur à ce qui correspond chez vous au seuil de pauvreté. Être militante UMP au Liban, c'est défendre des valeurs républicaines (justement en dehors de la France).


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