On a pris des chandelles et on a marché. On était un peu pathétiques avec nos airs un peu contrits. Cent personnes pour défendre Beyrouth. Cent personnes pour protester. Protester contre l'abus, la corruption, le langage de l'argent. Protester contre la bêtise, le manque de vision, le crime pour les générations à venir.
On est passés devant des trous béants dans la rue de Gemmayzé. De futurs tours dans des quartiers pourtant préservés. On a dit mentalement adieu aux quelques belles maisons du début du siècle qui vont bientôt disparaître. On a crié un peu, un tout petit peu. Les gens nous regardaient un peu étonnés. Pourquoi cette agitation ? De toute façon on n'y peut rien. Les pots-de-vin, les investisseurs, les gros sous sont plus forts que Abou Raymond, Margot et Essine. Plus fort que l'héritage familial, que l'identité d'une ville, que le patrimoine indispensable. Les responsables sont les principaux responsables. Et aucune solution n'est envisagée.
Dans ma tête, je marche toujours avec une chandelle à la main. Je marcherai tous les jours en pleurant de rage dans les rues, juste pour bien imprimer dans ma rétine les images d'une ville qui ressemblait à Beyrouth.


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