Le déferlement de la houle, le va-et-vient incessant de l'eau ont sur certains d'entres nous des effets dévastateurs.
Dans la vie quotidienne, il arrive parfois que le comportement de nos contemporains produise sur nous le même effet désagréable, incommodant.
Le 16 février 2005, nous avons porté en terre, le cœur ensanglanté, la dépouille mortelle de Rafic Hariri, lâchement assassiné le 14 février, jour des Amoureux. Il ne fallut pas longtemps pour désigner le coupable d'un tel crime. La foule, comme souvent, prit fait et cause pour le martyre de cette famille et de sa figure de proue disparue. Le monde politique dans sa globalité se joignit à la vindicte populaire pour condamner la Syrie.
La révolte populaire libanaise fut telle que, sous les pressions, le régime syrien fut obligé de plier bagages. Son armée, bien trop visible en territoire libanais, à tout le moins. Mais le socle invisible, lui, resta bien présent.
Comme au bon vieux temps, le Liban de 2005 retrouva son instabilité, ses crimes et passions qui, depuis la nuit des temps, hantent son parcours et jalonnent la vie de tout un peuple.
Avec le retour sur la scène libanaise des chefs historique chrétiens, la classe politique du pays, au pas de course, se scinda en plusieurs camps rivaux obnubilés par une seule chose : la prise de pouvoir. Pour parvenir à ses fins, chacun sortit de son jeu ses parrains, et comme toujours, on entra dans une lutte fratricide stérile.
Cinq années de turpitudes, de mauvais coups, de bassesses en tout genre, cinq années durant lesquelles le peuple s'est enfoncé de plus en plus dans la précarité, cinq années où nous avons cru que notre dernier jour était venu.
Et pourtant, malgré tout cela, nous avons fait front. Le monde entier, sans se soucier de savoir ce qu'il y avait derrière le décor de Beyrouth, s'est extasié des merveilles du veau d'or libanais, du bling bling de nos nantis locaux, de la folie des nuits beyrouthines. Oui, tous les magazines de la planète se sont fait l'écho du show-off local, mais bien peu se sont inquiétés réellement de notre quotidien.
Dans une vie courante, cinq années qui passent ne sont pas grand-chose. Au Liban, elles furent synonymes de peur quotidienne, de troubles en tout genre et, bien sûr, de chaos politique - mais cela semble être une tradition libanaise.
Dès l'assassinat du regretté Rafic Hariri, et malgré notre peine immense, nombreux furent ceux qui incitèrent Saad Hariri à la plus grande prudence verbale envers la Syrie, à ne pas accuser sans preuves formelles.
Parfois, nous nous sommes éloignés de notre camp, tant l'aveuglement de ses membres nuisait gravement à la vie politique libanaise, et plus encore aux Libanais.
Certains se sont plu à nous traiter de collaborateurs asservis aux régimes syrien et iranien. Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage, dit le proverbe...
Ils avaient juste oublié, ceux-là, que la diplomatie se passe aisément de ressentiments privés, que l'on ne fait pas de politique sans s'être assuré de la véracité des faits, que lorsque l'on tient entre ses mains la vie de tout un peuple, on se doit de faire montre de la plus grande réserve.
On pouvait fort bien assister aux funérailles du martyr Hariri, être compatissant envers la veuve, les orphelins, la famille, sans pour autant être aveuglé par la douleur et ne pas penser, réfléchir au-delà du crime.
Cinq années d'affronts et d'affrontements pour arriver à ce résultat : un mea culpa officiel de Saad Hariri laisse perplexe. Que de temps perdu, de morts inutiles. Comment a-t-on pu penserpouvoir se passer de la Syrie ? Comment a-t-on pu penser que, dans la situation actuelle du Moyen-Orient, l'Amérique, la France, l'Arabie saoudite allaient se passer du régime baassiste ? D'ailleurs, la présence du chef de l'État syrien lors de la parade du 14 Juillet français, en 2008, aurait dû en alerter plus d'un. Oui, tous ces grands pays veulent bien mettre les marrons au feu, mais si ça devient trop chaud, ils laissent toujours le Liban se démener seul.
Il faut reconnaître au Premier ministre le courage de son aveu : c'est l'acte de l'homme politique qu'il devient. Tous au Levant n'ont pas son cran. La paix prévaut toujours sur la guerre. La recherche des coupables du meurtre de son défunt père lui a permis de voir plus clair dans le jeu politicien libanais et dans les luttes intestines qui minent les partis politiques au Liban ces dernières années.
Aidé par le rapprochement avec Bachar el-Assad, il a dû recevoir des informations précises sur les commanditaires de cet odieux crime. Peut-être même que, dans les supputations mettant en cause des membres du Hezbollah, il y a du vrai. Il est fort probable que, ces dernières années, le parti de Dieu a connu un putsch avorté, certains à l'intérieur rêvant d'être à la place de Hassan Nasrallah. De même, des opposant syriens ont cherché à renverser le régime d'Assad, tout comme l'État d'Israël, avec l'appui des taupes à sa solde, aurait pu vouloir prendre le contrôle des institutions libanaises.
Beaucoup peuvent penser que tous cela n'est qu'élucubrations. Peut-être, mais si nous rembobinons le film tragique de notre destin ces dernières années, certaines affaires nous donnent à penser que des dissidents agissent pour faire couler le bateau ivre Liban, et cela par tous les moyens, quitte même à déclencher une guerre civile de plus.
À forcer de tanguer comme un radeau à la mer, nous avons tous eu la nausée. Il est temps, comme Saad Hariri, de retrouver le chemin de la réminiscence. Il est temps de faire union, de se retrouver tous autour d'une table malgré nos antagonismes, d'œuvrer à la paix civile, de faire front main dans la main contre les forces obscures qui veulent nous anéantir. Si nous arrivons à nous respecter les uns les autres, nous en sortirons grandis et vainqueurs.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef