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Liban - Éclairage

Des gesticulations tragi-comiques mais qui augurent, hélas, d’un possible big bang

Un spectacle de superproduction ciné : un long cordon de véhicules paramilitaires, des 4x4 sans plaques minéralogiques, bourrés d'éléments armés, qui prend d'assaut l'AIB, ce secteur national vital, pour assurer la protection, à sa descente d'avion, de Jamil Sayyed, demandé par la justice tout aussi nationale. Et l'escorter chez lui en ville, une fois qu'il a retroussé ses manches pour bien montrer qu'il allait en dérouiller plus d'un. Après avoir eu les honneurs du salon d'honneur, justement, et des accolades de cadres du Hezbollah de haut rang, députés du Hezb en tête ainsi que ceux du CPL du général Aoun. La Résistance qui se transforme, qui se dégrade, en garde du corps d'un ancien responsable ? Non, répond un député de Beyrouth, un parti qui déclenche, par un coup de main, une sédition armée. Car à son avis, le message est clair : pour écraser le TSL, sa bête noire, le Hezbollah est prêt à renverser le pouvoir.
Ce pouvoir qui baisse les bras. Le député de Beyrouth demande dès lors : les responsables sont-ils aveugles, n'ont-ils pas vu ce qui allait se passer, pourquoi aucun d'entre eux n'a-t-il réagi, pourquoi des ordres n'ont-ils pas été donnés pour contrer l'intrusion ? Est-ce qu'il y a eu ouverture d'enquête pour savoir comment les chenilles processionnaires de la milice ont infesté les pistes de l'aéroport, ou qui a ordonné l'ouverture du salon d'honneur ? Qu'ont donc fait le service de sécurité de l'AIB, l'armée, les FSI et la Sûreté ? Passe encore que ces instruments de l'État se fussent déclarés aux abonnés absents lors du 7 mai ou du clash de Bourj Abi Haïdar, qui visaient des civils, mais comment restent-ils les bras croisés quand ce sont eux-mêmes, leur autorité et leurs pouvoirs qui sont ciblés, défiés, bafoués ?
À l'aéroport, les députés du Hezbollah ont rejeté que le général Sayyed comparaisse en justice pour ses violentes attaques contre ce pouvoir, contre le président du Conseil et contre les services de sécurité. À travers ces déclarations, le parlementaire cité, qui appartient au bloc du Futur, entend retentir les trois coups annonçant une pièce en trois actes. D'abord, le renvoi du cabinet actuel dit d'union, ensuite le rejet de l'acte d'accusation, enfin le refus que des éléments du Hezbollah soient convoqués par le TSL, et encore moins mis en examen, c'est-à-dire inculpés. Pour lui, la démonstration musclée de l'AIB est une claire confirmation qu'après la publication de l'acte d'accusation, le Hezbollah est déterminé à déclencher une révolution milicienne contre la légalité libanaise. En se rendant maître, d'abord, des rues de Beyrouth, même si des flots de sang devaient y couler.
Des loyalistes appellent pour leur part le général Jamil Sayyed à respecter la loi et à s'en remettre à la justice libanaise, tout comme il s'était adressé à la justice internationale. Cela, pour obtenir ces droits qu'il invoque, dont les dossiers des faux témoins et des poursuites contre eux. Ils ajoutent que toutes les parties doivent se soumettre à la loi et n'agir que dans le cadre des institutions, non en dehors.

Déviation
 Mais des minoritaires assurent de leur côté que ce qui se produit s'inscrit dans le cadre de la rectification des erreurs commises par le pouvoir depuis 2005. Une correction de tir qui implique, selon eux, que la majorité cesse de dominer les institutions de l'État. Sans relever la contradiction, ces cadres prétendent qu'il faut retourner au pacte de Taëf et, pour bien le respecter, se ranger derrière Sayyed et les trois autres généraux, et soutenir leur cause. En somme, à les en croire, la dévotion à Taëf signifie qu'en pratique, il faut dénier la légalité et cette justice que Sayyed défie.
Cependant, pour nombre d'observateurs, il reste clair que les péripéties locales sont liées aux développements régionaux, même si elles n'en découlent pas totalement. Pour eux, on ne peut évidemment pas nier que le Hezbollah soit directement concerné par le TSL et y réagisse motu proprio. Mais des parties extérieures entrent également en ligne, en se servant de leurs alliés du cru comme d'un levier efficace, pour des pressions sur les Américains, par exemple. Et, aussi, comme boîte à lettres pour des lettres tous azimuts, aussi bien à l'Europe, aux Arabes qu'aux fractions locales. Dans une tradition qui remonte aux années soixante-dix. En ayant pour source, et pour cause permanente, le fait que les parties libanaises sont toujours à la traîne de décideurs étrangers.
Dont la messagerie s'appuie, aujourd'hui, sur la menace de faire éclater la discorde au Liban et d'y faire sauter l'ombrelle de stabilité convenue entre l'Arabie saoudite et la Syrie. Bien entendu, ce malheureux pays-serpillière a toujours connu ce genre d'expériences. Chaque fois qu'un dirigeant américain s'y pointait, dans le cadre d'une tournée régionale, il se produisait des incidents ou des troubles. Pour les sources citées, ce serait la même chose aujourd'hui, car George Mitchell, après avoir relancé les négociations directes israélo-palestiniennes, veut maintenant se rendre à Damas puis venir à Beyrouth, afin de tenter de réactiver les pourparlers israélo-syriens et libano-israéliens.
Selon un officiel, l'escalade porte en elle-même des effets dissuasifs. Dans ce sens que par ses réactions outrées aux attaques du Hezbollah et de ses acolytes, la majorité souverainiste indique clairement qu'elle ne craint pas cette confrontation qui ferait s'écrouler, à Dieu ne plaise, le temple sur tous. Pour ce responsable, nul ne voudrait évidemment aller jusque-là, et en bonne logique l'on devrait maintenant revenir à un langage plus apaisé. Avec le concours diligent des parrains, l'Arabie saoudite et la Syrie, qui, d'ailleurs, multiplient les contacts entre elles, et avec les Libanais, à cet effet.
D'après un politicien chevronné, ce retour à la détente devrait être confirmé lors du Conseil des ministres prévu pour cet après-midi à Baabda. Des visiteurs de Damas en rapportent les indications suivantes :
- Appui total aux institutions officielles libanaise, au chef de l'État, le président Michel Sleiman, à sa ligne comme à ses initiatives de consensus.
- Il serait veillé à ce que toute tentative de désordre soit, désormais, immédiatement réprimée par la force publique, l'armée et les FSI. La sécurité est dorénavant déclarée ligne rouge absolue.
- L'arrangement avec l'Arabie saoudite tient plus que jamais et la Syrie presse toutes les parties libanaises de s'y conformer. Rappelons que, de fait, l'émir Abdel Aziz ben Abdallah, fils du roi, a été dépêché à Damas pour consolider cet accord.
Un spectacle de superproduction ciné : un long cordon de véhicules paramilitaires, des 4x4 sans plaques minéralogiques, bourrés d'éléments armés, qui prend d'assaut l'AIB, ce secteur national vital, pour assurer la protection, à sa descente d'avion, de Jamil Sayyed, demandé par la justice tout aussi nationale. Et l'escorter chez lui en ville, une fois qu'il a retroussé ses manches pour bien montrer qu'il allait en dérouiller plus d'un. Après avoir eu les honneurs du salon d'honneur, justement, et des accolades de cadres du Hezbollah de haut rang, députés du Hezb en tête ainsi que ceux du CPL du général Aoun. La Résistance qui se transforme, qui se dégrade, en garde du corps d'un ancien responsable ?...
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