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Liban - En Toute Liberté

Les chrétiens, grands perdants d’une confrontation sunnito-chiite

Il est impossible de faire une lecture univoque de ce qui se passe, mais il est tout aussi impardonnable d'assister passivement aux enchères confessionnelles qui s'étalent sous nos yeux. Pire que l'arrogance d'un Jamil Sayyed défiant le Premier ministre est la logique sunnite de Mohammad Kabbara. Ce discours haïssable et, pour l'occasion, tout discours confessionnel, qu'il soit chiite ou sunnite, ne peut qu'horrifier un Libanais digne de ce nom.
On peut être pour ou contre tel ou tel camp politique, et être convaincu qu'un gigantesque écran de fumée est dressé pour nous aveugler, mais ne poussons pas l'indifférence au point d'assister à cette descente aux enfers comme à un match de boxe qui ne nous concerne pas.
Dans vingt jours se tiennent à Rome des assises consacrées à l'Église catholique au Moyen-Orient. Qu'il ne soit pas dit, dans cette assemblée, que les chrétiens du Liban se sont réjouis d'un feu d'artifice confessionnel dont ils peuvent penser qu'ils ont tout à gagner, mais où le grand perdant véritable est le rôle fondamental qu'ils sont appelés à jouer dans tous les pays arabes ou islamiques où ils se trouvent : celui de médiateur, de modérateur ou encore « d'honnête courtier » - culturel - entre les religions, ou entre diverses veines religieuses au sein d'une même religion.
Ce n'est qu'au prix d'une trahison de sa mission spirituelle qu'un Libanais chrétien pourrait se considérer gagnant dans une confrontation entre sunnites et chiites, sachant qu'il est gagnant quel que soit le gagnant, puisque les chrétiens du Liban appuient, selon leur camp politique, et les uns et les autres.
Le chrétien, qu'il soit au Liban ou dans tout autre partie du monde arabe, est et doit demeurer l'agent d'une grande médiation, appelons-la celle de l'amour, entre les religions de la terre. C'est l'essence de sa foi. Par-delà la lettre de toutes les religions, où cette essence est pressentie, c'est dans le christianisme qu'elle se propose le plus clairement. C'est à son message que le chrétien doit se tenir, qu'il soit député ou éboueur.
C'est au nom de cette vocation que tout doit être mis en œuvre, qu'on soit d'un côté ou de l'autre, pour mettre une sourdine, sinon une fin, aux enchères confessionnelles et replacer le débat là où il doit être : celui des institutions. Il serait incompréhensible que les Forces libanaises ou les Kataëb ne pèsent pas de tout leur poids pour juguler la dérive venue de Tripoli ou du Akkar. Ce n'est pas là le Liban. De même, il est du devoir du Courant patriotique libre d'empêcher le discours séditieux du Hezbollah et des personnes gravitant dans son orbite, de prendre une tournure telle qu'une communauté, dans son ensemble, se sente insultée à travers son chef.
À moins, bien sûr, que dans ce dernier camp, on n'ait perdu tout contact avec la réalité et décidé de prendre le contrôle des institutions, non pas par les moyens démocratiques, mais par la force.
Les chrétiens du Liban, ont dit l'imam Mohammad Mehdi Chamseddine, et à sa suite, magnifiquement, Saad Hariri, sont la responsabilité des musulmans. Il serait inconvenant qu'ils se dérobent aujourd'hui, et à une heure si grave, à leur vocation et ne rendent à leurs compatriotes musulmans l'aide que ces derniers sont en droit d'attendre.
Ce n'est pas seulement l'Arabie saoudite et la Syrie qui sont les garants de la stabilité au Liban. Ni, pour l'occasion, Nabih Berry et Walid Joumblatt seulement. Les chrétiens du Liban doivent aussi l'assumer. Ce n'est pas seulement Saad Hariri et Hassan Nasrallah qui doivent se rencontrer et s'entendre, comme le proposait Walid Joumblatt l'autre soir. Mais dans le règlement de la crise où se débat le pays, un Michel Aoun, un Amine Gemayel ou un Samir Geagea ont des rôles à jouer, et en tant que chrétiens. L'un peut faire modérer Hassan Nasrallah. Les autres faire entendre raison aux ultras du Courant du futur. Et il n'y a pas que ces trois noms. Une rencontre entre Sleimane Frangié et Samir Geagea n'est pas non plus à dédaigner. Un sommet interreligieux, lui, ne servirait à rien, sinon à produire un nouveau sermon. C'est une affaire de chrétiens engagés dans la politique. Voyons s'il en reste.
Il est impossible de faire une lecture univoque de ce qui se passe, mais il est tout aussi impardonnable d'assister passivement aux enchères confessionnelles qui s'étalent sous nos yeux. Pire que l'arrogance d'un Jamil Sayyed défiant le Premier ministre est la logique sunnite de Mohammad Kabbara. Ce discours haïssable et, pour l'occasion, tout discours confessionnel, qu'il soit chiite ou sunnite, ne peut qu'horrifier un Libanais digne de ce nom.On peut être pour ou contre tel ou tel camp politique, et être convaincu qu'un gigantesque écran de fumée est dressé pour nous aveugler, mais ne poussons pas l'indifférence au point d'assister à cette descente aux enfers comme à un match de boxe qui ne nous concerne pas.Dans vingt jours se tiennent à Rome des...
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