La couverture de l’ouvrage « La douleur chronique » de Mélanie Thernstrom.
Dans cet ouvrage, bâti en cinq chapitres pouvant être consultés indépendamment l'un de l'autre, Mélanie Thernstrom (46 ans) fait notamment un arrêt chez des hommes et des femmes de lettres dont « la douleur est le maître » : Aristote, Coleridge, Emily Dickinson, Susan Sontag et Michel Foucault. Puis elle trempe sa plume dans la science pour retracer « La douleur dans l'histoire », un chapitre fascinant allant de l'ère «préanesthétique» durant laquelle les patients « préféraient le suicide au bistouri ». Avec l'usage de l'éther en chirurgie (1842) débute la gestion de la douleur s'étendant au-delà des salles d'opération et englobant toutes sortes d'analgésiques de même que l'appel aux facteurs psychologiques. Le tout ayant abouti aux cliniques de la douleur de nos jours.
L'amour adoucit la souffrance
Au cours de ce parcours, l'auteure cite en particulier une étude montrant que les femmes se plaignant de douleur sortent le plus souvent de chez le médecin avec une ordonnance pour un antidépresseur, alors que l'on prescrit aux hommes des calmants. Dans les années 90, l'abus d'OxyContin avait poussé les médecins à le proscrire, de peur d'être poursuivis par la justice. Mais aussi, l'auteure met en garde contre la prise à long terme de produits antidouleur en vente libre qui, in fine, sont nuisibles aux intestins et au foie.
Et après avoir enquêté dans plusieurs cliniques de gestion de la douleur, elle prône celle optée par les recherches de l'Université de Stanford, qui privilégie la pratique de « la perception de la douleur » sur la cause originelle. Par ailleurs, quoique sceptique à l'égard des thérapies alternatives (les chercheurs les considérant comme des placebos), Mélanie Thernstrom prend en considération « la force de persuasion dont peut jouer le médecin pour convaincre son patient de suivre ses suggestions ». Il est facile de donner des pronostics, mais il s'agit de convaincre le mental de la capacité d'apaisement du physique.
Pour illustrer le pouvoir du mental sur la perception de la douleur, elle cite une étude menée à l'Université de Stanford. Les chercheurs ont constaté que les premiers stades de l'état amoureux étaient similaires à l'addiction, comme l'a prouvé une expérience à laquelle ont participé de jeunes volontaires. Il leur était demandé de fixer la photo de la personne nouvellement aimée alors qu'on les soumettait à un stimulus douloureux. Résultat : ceux qui vivaient une relation passionnée sentaient leur peine s'adoucir et s'assagir.
Presque du pur Baudelaire : « Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille/ Ma douleur, donne-moi la main; viens par ici. »

