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Économie - Analyse

Introduction à l’intelligence économique

d'Éric DELBECQUE*
Nous vivons aujourd'hui dans un monde d'abord caractérisé par la vitesse ; les capitaux, les marchandises et les hommes circulent de plus en plus vite et en quantités de plus en plus importantes. Mais les idées aussi accélèrent, souvent pour disparaître à peine nées. Leur rythme extrêmement rapide de succession les qualifie comme des concepts à la mode, des produits « jetables ».
Or, l'intelligence économique est précisément tout le contraire d'une idée à la mode : elle constitue un concept et surtout une pratique modernes, c'est-à-dire en prise sur les réalités contemporaines, ce qui est totalement différent. Elle s'enracine dans plusieurs constats, aujourd'hui évidents.
Le premier est que la concurrence internationale n'épargne plus aucun territoire, plus aucune nation. Le contexte concurrentiel durci que nous connaissons depuis le milieu des années 80 ne concerne pas que les grands groupes, les multinationales. Chaque PME est également impactée par les contraintes nouvelles de la compétitivité.
Le deuxième constat réside dans le fait que les sources vives du dynamisme national et de l'innovation résident néanmoins dans les petites et moyennes entreprises, dans le savoir-faire local spécifique et dans l'énergie des entrepreneurs des structures de taille les plus modestes. Il importe donc de potentialiser toute cette richesse en devenir en articulant les initiatives des acteurs économiques et les possibilités de soutien et de coordination des pouvoirs publics.
Le troisième constat est qu'il faut aujourd'hui anticiper le développement et les mutations économiques, les penser et les organiser très en amont. En résumé, prospective et stratégie sont indispensables à l'innovation et à la conquête de marchés.
Le quatrième et dernier constat réside dans l'évidence que le travail en réseau ne représente plus une option mais une nécessité. Pour innover et se développer, les acteurs économiques ne peuvent plus agir de manière isolée : ils doivent coopérer, mutualiser leurs connaissances et leurs compétences, certes en préservant leur savoir-faire essentiel mais en comprenant aussi que la connivence des opérateurs est devenue une source cruciale de valeur ajoutée dans les modes productifs du XXIe siècle et dans le contexte de développement hyperbolique des pays émergents. Nos urgences collectives sont d'inventer et de développer des organisations apprenantes en réseau, de lutter sans relâche contre l'empilement des structures et le stockage stérile des données et des savoirs. Seule l'information qui circule, améliorant l'interopérabilité des acteurs et des systèmes, seule l'information qui est partagée, crée de la richesse.
À cet égard, il importe d'éviter les confusions ; si la mise en place de mesures de sûreté économique se révèle indispensable dans l'entreprise, ainsi que dans la sphère publique, il ne s'agit en aucun cas de succomber au syndrome de la forteresse. Il est uniquement question de protéger la valeur ajoutée intellectuelle stratégique des firmes, leur potentiel d'innovation, en les préservant de la prédation et des manœuvres illicites. La sûreté des entreprises s'inscrit dans la promotion de leur essor technologique et conséquemment commercial.
Favoriser le développement économique national (et l'inscrire dans une dynamique de prospérité internationale) passe donc désormais par une attention soutenue portée à la compétitivité des territoires et de leur tissu de petites et moyennes entreprises.
Il est donc indispensable de familiariser le plus grand nombre d'entreprises et de territoires avec la culture et les outils opérationnels de l'intelligence économique, à savoir la veille, la sûreté et l'influence.
Mais pour le dire de manière moins académique, il s'agit en fait de construire de nouveaux réseaux locaux de compétitivité et de vigilance, de structurer notre capacité collective à générer une véritable dynamique de développement ; pour cela il est nécessaire de coordonner nos actions et de valoriser notre savoir-faire afin de révéler nos atouts, de capter les connaissances nouvelles pour mieux informer nos stratégies et donc mieux nous différencier.
Multiplier les initiatives, susciter les partenariats entre les entreprises, les universités, les collectivités locales, les centres d'expertise et de compétence régionaux, constituent le véritable objectif et la définition la plus pertinente de l'intelligence économique, laquelle apparaît donc finalement comme le moteur essentiel de la croissance et de l'emploi. À cet égard, l'exemple français des pôles de compétitivité forme l'une des expressions les plus enthousiasmantes et riches de promesses de l'intelligence économique.
Ce qu'apporte finalement la politique d'intelligence économique (sous la forme de l'organisation de la coopération public/privé et de la mise en place de mesures idoines dans les entreprises), c'est la reconnaissance de trois réalités majeures, décisives pour notre avenir collectif :
  • L'emploi dépendra de la compétitivité, laquelle repose en grande partie sur la capacité au travail en coopération, en réseau.
  • La production de savoir à haute valeur ajoutée et la conquête de marchés reposent notamment sur des dynamiques d'influence qui réclament la coopération de l'État et des entreprises.
  • La puissance nationale se nourrit de la santé du tissu économique.
Enfin, il faut insister sur le fait que l'intelligence économique constitue un levier au service de la modernisation de l'action des pouvoirs publics et de l'édification de l'État stratège, indispensable dans le domaine industriel et commercial. L'heure est en effet à la concertation, à la collaboration et à l'agrégation des énergies des multiples intervenants du développement économique local. Un État n'impose plus abruptement : il définit les règles du jeu national, propose des initiatives et supervise l'interaction des divers acteurs. De ce point de vue, l'intelligence économique favorise grandement l'apprentissage de cette tâche d'animation au profit de l'intérêt collectif qui incombe à l'État.

* Directeur de l'IERSE (Institut d'études et de recherche pour la sécurité des entreprises) et professeur à l'ESA, Beyrouth.

En coopération avec : l'ESA
Nous vivons aujourd'hui dans un monde d'abord caractérisé par la vitesse ; les capitaux, les marchandises et les hommes circulent de plus en plus vite et en quantités de plus en plus importantes. Mais les idées aussi accélèrent, souvent pour disparaître à peine nées. Leur rythme extrêmement rapide de succession les qualifie comme des concepts à la mode, des produits « jetables ».Or, l'intelligence économique est précisément tout le contraire d'une idée à la mode : elle constitue un concept et surtout une pratique modernes, c'est-à-dire en prise sur les réalités contemporaines, ce qui est totalement différent. Elle s'enracine dans plusieurs constats, aujourd'hui...
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