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Lifestyle - Patrimoine

De tradition baroque, l’art éphémère du tissu plié s’expose à Vienne

Le maître catalan du pliage, Joan Sallas, travaillant dans son atelier.  Photo AFP

L'art du pliage n'est pas japonais d'origine, mais nous vient de l'Italie du XVIe siècle et ses œuvres éphémères vont bien au-delà des serviettes sur les tables de banquets comme le montrent les œuvres insolites du maître catalan Joan Sallas exposées depuis mercredi à Vienne.
« Ceci n'est pas une exposition ni un historique de la serviette pliée », avertit l'artiste, jovial derrière ses petites lunettes carrées, « c'est un stade de la recherche sur l'histoire du pliage sous forme d'exposition ». La centaine d'œuvres présentées jusqu'au 23 janvier au Musée du mobilier de la cour à Vienne « ne sera montrée nulle part ailleurs », souligne-t-il, en insistant sur le côté éphémère de ces œuvres. « À la fin de l'exposition, elles finiront toutes à la poubelle », lance-t-il un large sourire aux lèvres.
Depuis juin, le Catalan les a pliées avec ses seuls doigts comme outil, à partir de quelque 200 mètres de lin acheté à un artisan allemand qui fournissait déjà la cour impériale autrichienne en linge de table il y a plus d'un siècle. Une gigantesque fontaine de table ornée de deux lions jouxte un trois-mâts, une statuette de la déesse de l'Abondance, figurine en sucre habillée de tissus pliés, un serpent de tissu de 9 mètres de long formé de plus de 33000 petits plis. La fontaine de table, utilisée comme ornement lors des grands banquets du XVIIe siècle en Italie, a nécessité plus d'un mois de travail pour plier plusieurs dizaines de mètres de lin en forme de lions, de couronne et de stèles, selon un modèle trouvé sur un dessin historique.
« C'est un art du luxe qui était pratiqué lors des banquets de toutes les cours en Europe et s'il y a tant de formes différentes c'est que les cours se faisaient concurrence entre elles pour présenter la plus belle table lors des réceptions », explique Ilsebill Barta, conseillère des Collections du mobilier impérial à Vienne.
Initié aux techniques sophistiquées du pliage par son grand-père, Joan Sallas, 47 ans, créateur de bandes dessinées, se passionne depuis dix ans pour cet art. Il a retrouvé les premières traces de serviettes pliées dans des tableaux du début du XVIe siècle en Italie, tandis que le document le plus ancien sur les techniques de pliage date selon lui de 1629. Au fil de ses recherches, il s'est constitué une bibliothèque de 2000 ouvrages sur cet « art de la table qu'on se limite à considérer comme un art culinaire ou d'une perspective gastronomique, mais pas sous l'aspect du pliage ». L'artiste a, en effet, retrouvé huit techniques majeures de pliage, incluant l'éventail, le lys, les rouleaux ou les chapeaux, dont il se sert comme clé de décodage des documents historiques. « Mon œuvre préférée est celle que je n'ai pas encore réussi à déchiffrer, celle dont je ne sais pas encore comment la plier », précise Joan Sallas, racontant que c'est « particulièrement excitant de passer des jours et des nuits à comprendre quels plis ont été appliqués pour réaliser tel ou tel objet. »
Car les nobles du baroque et de la Renaissance fixaient des thèmes pour chaque banquet, la nature, l'amour ou les voyages, entre autres. Aujourd'hui encore, les familles royales observent certaines de ces traditions, mais Joan Sallas préfère enseigner son art dans les écoles, voire dans les prisons. « C'est un défi, car les détenus n'ont pas le droit d'utiliser de ciseaux (...), mais je le fais pour aider ces gens à connaître autre chose », souligne-t-il.
Interrogé sur le côté éphémère de son art, il sourit : « Nous aussi nous sommes sur Terre pour un court instant seulement et nous sommes plus près de la vie si nous créons des objets périssables que si nous nous battons sans relâche pour accéder à l'immortalité. »
L'art du pliage n'est pas japonais d'origine, mais nous vient de l'Italie du XVIe siècle et ses œuvres éphémères vont bien au-delà des serviettes sur les tables de banquets comme le montrent les œuvres insolites du maître catalan Joan Sallas exposées depuis mercredi à Vienne.« Ceci n'est pas une exposition ni un historique de la serviette pliée », avertit l'artiste, jovial derrière ses petites lunettes carrées, « c'est un stade de la recherche sur l'histoire du pliage sous forme d'exposition ». La centaine d'œuvres présentées jusqu'au 23 janvier au Musée du mobilier de la cour à Vienne « ne sera montrée nulle part ailleurs », souligne-t-il, en...
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