Enceinte, Zeinab attend parfois deux heures avant de pouvoir prendre l'ascenseur et monter à son appartement au 6e étage.
« La nuit, l'été, comme je n'ai pas d'air conditionné, je n'arrive pas à dormir tellement j'étouffe », explique cette résidente de la banlieue sud de Beyrouth, où les coupures durent parfois quatorze heures.
Zeinab travaille dans la fonction publique et ne peut se permettre de payer de 50 à 100 dollars pour un abonnement mensuel au générateur.
« Je n'arrive pas à comprendre pourquoi, 20 ans après la fin de la guerre, nous n'avons toujours pas d'électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cela me dépasse », martèle de son côté Liliane Khalifé, une architecte d'intérieur de 46 ans.
« Quand j'étais petite, je faisais mes devoirs à la chandelle. Aujourd'hui, je suis mariée, j'ai des enfants, et nous avons encore besoin d'un générateur pour survivre à des pénuries qui durent dix heures » par jour, affirme cette résidente de Jounieh.
Joseph Akiki tient un salon de coiffure pour dames et doit payer 600 dollars par mois pour quatre factures d'électricité : deux à l'Électricité du Liban et deux pour l'abonnement au générateur, pour son domicile et le salon de coiffure. « C'est mon plus gros budget. »
Mais beaucoup n'ont pas les moyens et vivent, une soirée sur deux, dans l'obscurité. La situation est plus grave dans les régions en dehors de la capitale, où les coupures sont plus fréquentes et plus longues.
La situation est devenue intenable et le mois dernier, de brèves émeutes ont éclaté dans le nord du Liban et la banlieue sud de Beyrouth.
Après la guerre, plusieurs plans avaient été proposés pour remédier au déficit de l'EDL qui représente 3 % du produit intérieur brut, en vain.
« Les gouvernements successifs n'ont pas investi, en construisant par exemple de nouvelles centrales, pour répondre à la demande » qui ne cesse de progresser, affirme Violette Balaa, responsable de la page économique au quotidien an-Nahar.
D'après le ministre de l'Énergie et des Ressources hydrauliques Gebran Bassil, la production cet été a atteint un maximum de 1 700 mégawatts, sachant que la demande est de 2 500 mW. « Le fait qu'on continue de produire de l'électricité relève du miracle », affirme-t-il.
Mme Balaa accuse « des mafias dans toutes les régions (qui) refusent toute réforme du secteur ». Beaucoup de ceux qui fournissent du courant grâce à de gros générateurs sont soutenus par des hommes politiques et n'ont pas du tout intérêt à trouver des solutions, explique-t-elle.
Par ailleurs, dans de nombreuses zones pauvres ou qui échappent au contrôle de l'État, le « vol » de l'électricité et les attaques contre les percepteurs sont monnaie courante.
Pire encore, ce sont des hommes politiques eux-mêmes qui ne paient pas leurs factures.
En juin, le ministre Bassil avait lancé un ultimatum à plusieurs hauts responsables, les prévenant qu'ils pourraient se retrouver dans le noir s'il ne payaient pas des factures accumulées depuis des années et qui se chiffrent à plus de huit millions de dollars.
« Non seulement ils ne paient pas les factures de leurs domiciles, mais également celles de leurs entreprises ou de leurs usines », selon Mme Balaa.
Il y a deux mois, le gouvernement a approuvé un projet de réforme du secteur, censé assurer le courant vingt-
quatre heures sur vingt-quatre d'ici à 2015. « Une chimère », estime Mme Balaa.


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