Les élus de Beyrouth hier, au cours de leur réunion à l’hôtel Riviera. Photo Ibrahim Tawil
Prenant la parole, Mohammad Kabbani a évoqué les dégâts causés par les incidents de mardi tant sur le plan humain que matériel, estimant qu'il ne fallait pas que de tels événements se produisent sans que cela ne suscite un débat autour de la protection de la capitale. « Nous nous retrouvons aujourd'hui pour réclamer la démilitarisation de Beyrouth (...). Il s'agit d'un besoin pressant pour nous tous », a-t-il souligné, avant de donner le coup d'envoi de la discussion du projet du communiqué à publier à l'issue de la réunion.
À son tour, Ammar Houry a estimé qu'il était nécessaire que Beyrouth soit une ville exempte d'armes et de milices, sauf entre les mains de l'armée et des FSI. « Le maintien des armes est un crime commis contre Beyrouth et ses fils. Nous avons entendu que ces armes ne seraient pas tournées contre l'intérieur du pays. Mais c'est la troisième fois qu'elles sont utilisées au plan interne en deux ans. Et le pire, c'est qu'il s'agit là d'un prélude à des scénarios. L'on dit qu'il s'agit d'un acte isolé, mais qu'en aurait-il été s'il n'en était pas ainsi ? S'il y en avait eu trois comme ça, Beyrouth aurait été détruite. L'armée a mis trois heures avant de se déployer. Elle a attendu la Défense civile et les pompiers avant d'entrer dans la zone de combats. Cela est inadmissible », a indiqué M. Houry.
L'armée n'assume pas ses reponsabilités, selon N. Gemayel
Pour sa part, Nadim Gemayel a rappelé qu'il y a un an et demi, des incidents similaires s'étaient produits à Aïcha Bakkar. Il a estimé que l'armée devait détenir le monopole de la violence légitime, non seulement à Beyrouth, mais dans l'ensemble du pays, affirmant qu'une proposition de loi était en cours de préparation pour interdire les armes illégales. M. Gemayel a appelé le maximum de députés à voter pour cette proposition de loi. « Je veux faire assumer toutes les responsabilités à l'armée. L'armée n'assume pas ses responsabilités, alors même que son devoir est de défendre les citoyens. Or nous ne voulons pas retourner aux événements du 7 mai 2008, et encore moins à 1975 », a-t-il indiqué.
MM. Mohammad Baalbacki et Bilal Hamad ont abondé dans le même sens, plaidant en faveur de la démilitarisation de la capitale. « Nous sommes tous pour la résistance face à Israël au Sud. Mais nous sommes contre les armes qui se cachent sous le slogan de la résistance à travers l'ensemble du pays », a indiqué M. Baalbacki. « Sauf le respect que je dois aux forces de l'ordre, mais nous ne les avons pas vues à Bourj Abi Haïdar. Mais qui donc assume la responsabilité ? Les habitants de Beyrouth descendront dans les rues les prochaines fois pour protester contre le président de la République, le président de la Chambre, le Premier ministre, le Conseil des ministres et les députés. Les gens en ont assez. Ils veulent la sécurité avant même d'avoir du pain. Nous pourrions être étonnés par leurs réactions, qui peuvent mener très loin », a noté de son côté Bilal Hamad.
Le communiqué final
Les participants ont ensuite publié un communiqué final sous le titre « Un cri beyrouthin unanime : Beyrouth ville démilitarisée » dont voici le texte intégral :
« Les membres des corps représentatifs au sein de la conférence Pour le développement de Beyrouth, députés, conseil municipal, instances syndicales, économiques et moukhtars, qui sont les représentants légitimes de la capitale, se retrouvent aujourd'hui pour lancer un cri unanime exprimant leur opinion, leur position et leur revendication. S'ils dénoncent et condamnent ce qu'ont subi certaines parties de la capitale à l'instar de Bourj Abi Haïdar et autres comme affrontements armés qui ont terrorisé les gens, fait des victimes et causé des dégâts massifs au niveau des biens et la mise à feu d'une mosquée :
- rejettent la spoliation de la capitale à travers le déploiement des armes et des miliciens dans les quartiers et entre les maisons, qui, lorsqu'il s'accompagne du climat de tension populaire résultant des positions politico-médiatiques mobilisatrices et provocatrices, devient une terre fertile prête à exploser de manière violente par le biais des armes qui menacent la vie des gens et leurs biens ;
- appellent les forces de sécurité, armée et FSI, responsables de la sécurité et de la sûreté des citoyens, à remplir leur mission avec plus de fermeté et à intervenir rapidement pour frapper les fauteurs de troubles et protéger les citoyens dans leurs maisons et leurs bureaux, et non à attendre le calme et le cessez-le-feu entre les combattants pour le faire, comme si elles étaient une force d'interposition ou un arbitre entre les belligérants ;
- rejettent la théorie de la sécurité à l'amiable ainsi que la formation d'un comité de coordination sécuritaire entre les combattants qui nous ramèneraient aux funestes expériences de la guerre civile. L'armée et les FSI sont seules responsables de la sécurité et de l'imposition de cette dernière au nom de la loi et de la légalité pour protéger la nation et les citoyens ;
- demandent au gouvernement quelles sont les mesures prises contre les officiers qui ont failli à leur devoir au niveau de la protection des gens et de leurs biens et d'empêcher les atteintes à la stabilité et la sûreté générale ;
- appellent la justice à protéger les gens et à intervenir pour aider les services de sécurité à mener leur enquête sur les événements pour découvrir les coupables et les sanctionner afin d'empêcher que cela ne se reproduise.
Beyrouth n'est pas orpheline pour être traitée de cette manière. Les représentants de Beyrouth et ses fils, réunis aujourd'hui, lancent un appel au nom de tout Beyrouth et de tous ses habitants pour dire d'une seule voix non à une nouvelle spoliation de la capitale et de ses habitants, non au laxisme dans l'application de la sécurité et de l'ordre, non aux armes et aux miliciens hors du cadre légal et à l'intérieur des rues de la capitale. Notre revendication à tous est la même : Beyrouth doit être démilitarisée. Nous adressons cette demande à tous les responsables, au président de la République, au gouvernement et à son chef, à la Chambre et à son président. »
Il convient en outre de signaler que les députés Ahmad Fatfat, Samir el-Jisr, Atef Majdalani, Jamal Jarrah et Imad el-Hout ont tous effectué la même revendication dans des communiqués et des déclarations séparées.


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