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Culture - Livre

Belle et savante rétrospective de l’art contemporain du Moyen-Orient et d’Iran

Avec le flair d'un homme d'affaires et les connaissances d'un collectionneur, Saeb Eigner dresse dans « L'art du Moyen-Orient, l'art moderne et contemporain du monde arabe et d'Iran » (éd. Toucan) un panorama inédit de ce que les artistes de cette région donnent à voir.

Une œuvre de Chant Avédissian en couverture de l’ouvrage.

Avec plus de 450 superbes illustrations en couleurs, des biographies de plus de 200 artistes, cet ouvrage offre certainement, comme son titre l'indique, un intéressant vade-mecum de l'art contemporain du Moyen-Orient et d'Iran. Il vient combler une lacune importante, vu l'absence de références généralisée dans ce domaine. Et il arrive à point, si l'on considère l'intérêt international croissant que l'art du M-O suscite depuis un certain temps.
L'on ne peut négliger non plus l'importance du message qu'un tel ouvrage peut faire parvenir aux sociétés occidentales qui ne reçoivent la plupart du temps que des images de terrorisme, de guerre et d'intégrisme transmises par les médias. Ces images n'épuisent pas la vérité des sociétés en question. Que racontent alors les artistes de cette région du monde ? Ces artistes qui sont les éponges et les miroirs de leur milieu. Que donnent-ils à voir ? L'art du Moyen-Orient offre de nombreuses réponses à ces interrogations.
L'art est un (vaste) sujet qui n'est pas étranger à l'auteur, même si ce dernier est patron d'une compagnie d'investissements privés. Polyglotte, parlant couramment l'arabe, il est un ardent défenseur de la culture et de l'éducation, indubitablement convaincu de « leur rôle crucial pour aplanir les clivages culturels ». Membre du conseil d'établissement de la London Business School, où il a étudié la gestion, il est fondateur et président de son comité consultatif pour le Moyen-Orient.
De père ingénieur autrichien et de mère journaliste libanaise, l'auteur a passé sa première enfance à Beyrouth, au Caire et au Koweït. Collectionneuse, sa mère préférait l'art moderne arabe et son père succombait aux charmes d'orientalistes du XIXe siècle, des arts hollandais et anglais des XVIIIe et XIXe siècles.
Eigner indique que ce livre ne se veut pas un ouvrage de référence. Il a pour seule ambition d'offrir un regard candide sur l'art moderne et contemporain de cette région et de permettre au lecteur de se plonger dans un monde qui, tel un palais des mirages, ne se résume pas aux apparences.
« Ni ce livre ni aucun autre ne saurait remplacer la fréquentation de l'art, affirme ce collectionneur invétéré qui avoue tenir un journal où il note chaque mois ce qu'il a vu de mieux.
« En parcourant le chemin de l'art, j'ai noué contact avec la plupart des artistes de ce livre, dont certains hélas ne sont plus en vie. » Et d'ajouter : « L'art au M-O se veut un hommage aux nombreux artistes de cette région qui y ont maintenu une culture d'avant-garde, parfois hélas au prix de sacrifices personnels, comme les persécutions ou l'exil. »
Dans un monde en proie à la méfiance, quoi de plus gratifiant que de s'efforcer, autant que possible, de dissiper certains des stéréotypes et des préjugés qui obscurcissent le jugement ? s'interroge encore l'auteur qui affirme : « La culture constitue le plus beau des ponts pour enjamber les clivages : aussi agitées que soient les eaux, il faut jeter des ponts, et l'art en fournit les briques. »

Un large éventail
 Saeb Eigner s'est, en toute évidence, lancé dans une entreprise pour le moins difficile, notamment en raison du manque de travaux existants. « Localiser les œuvres s'est avéré une gageure, confinant à la chasse au trésor, témoigne-t-il. C'est là que l'aide des grands commissaires-priseurs, Christie's et Sotheby's, s'est avérée précieuse. »
Il a entrepris alors des recherches élargies, qui ont inclus les artistes, les galeristes, les collectionneurs, les instituts culturels, les mécènes...
L'introduction, à l'instar de l'ouvrage, constitue un panorama général, recouvrant un vaste éventail d'images, de styles et de médias. Un brassage historique des tendances artistiques dans chaque capitale, dans chaque région. À commencer par les peintures et sculptures de la première partie du XXe siècle pour nous emmener à l'orée de la deuxième décennie du nouveau millénaire, à une époque où de nombreux artistes s'essayent à d'audacieuses installations et performances, autant de moyens d'expression les plus conventionnels.
Dans l'avant-propos, Zaha Hadid se réjouit de voir les artistes de la région repousser les frontières et défier les conventions établies. Elle ajoute que depuis des millénaires, l'art du Moyen-Orient comble le fossé culturel entre l'Orient et l'Occident. « Il nous apprend que ces deux mondes ne s'excluent pas mutuellement, écrit-elle, mais qu'ils reposent l'un sur l'autre et s'entremêlent profondément. L'art du M-O nous montre que les artistes de cette région perpétuent cette tradition. »
L'ouvrage s'articule autour de sept parties thématiques.
À tout seigneur tout honneur, c'est par l'écriture sacrée que le lecteur entre dans l'art de la calligraphie arabe. Un art pratiqué également par des artistes qui ont voulu y exprimer une certaine spiritualité sans pour autant faire référence aux écritures.
La littérature est un chapitre qui comporte des œuvres créées en hommage à la grande tradition littéraire du monde arabe et d'Iran. On retrouve ainsi les « maqams » de Dia Azzawi, les citations de Hassan Massoudy, les gravures de Ziad Dalloul, inspirées des poèmes d'Adonis, les portraits de vases calligraphiés de Farhad Moshiri, les sculptures poèmes de Saloua Raouda Choucair...
Dans la section consacrée à la musique et le spectacle, deux aspects importants de la vie quotidienne au Moyen-Orient, Chant Avédissian, et sa fascination picturale d'Oum Kasloum, occupe une place de choix. C'est d'ailleurs une de ses œuvres qui illustre la couverture de l'ouvrage. La diva du monde arabe a inspiré de nombreux autres artistes, dont Adam Hnein, qui a » bâti « une sculpture monumentale à sa mémoire. Parmi les inspirations majeures, Asmahan, Farid el-Atrache et les figures de cinéma, comme Faten Hamama ou Omar Charif. Ou encore les instruments de musique en tant que tel : le oud, l'accordéon, le violon...
La politique, les conflits et la guerre : ce chapitre s'ouvre d'emblée sur une reproduction imagée d'une œuvre de l'Irakien Dia al-Azzawi, intitulée Les massacres de Sabra et Chatila. Moins épique, jouant sur le registre de l'ironie sociale, l'Égyptien Mohammad Abla dresse des kaléidoscopes arabo-US.

L'art du paradoxe
Spectaculaires, les photos de l'Iranienne Shirine Neshat, qui mise sur l'art du contraste et du paradoxe. L'on retient également les clichés de Fouad el-Koury, le Spectre de Marwan Rachmaoui, la Cage à deux de Mona Hatoum ou encore l'installation de pistolets et d'armes automatiques dorés à la feuille de Farhad Moshiri...
Groupées sous le chapitre « histoire et identité» , de nombreuses œuvres témoignent du foisonnement culturel de la région. De la richesse des héritages antiques, comme les signes de la Mésopotamie chez l'Irakienne Hanaa Mal-Allah, ou l'hommage à Michel Ange de Ali Talib. Ou encore les compositions inspirées de l'héritage saoudien de Sameer al-Daham ou d'Abdulrahman al-Soliman. Plus corrosives, mais également identitaires, les empreintes digitales de Hassan Charif. À noter dans ce chapitre, la présence marquée des artistes iraniens qui expriment soit une nostalgie du passé, soit une critique plus ou moins franche des conditions sociales actuelles.
Le portrait et le corps : si de nombreux exemples donnés sous ce chapitre semblent plutôt du domaine de l'hermétique et de l'intemporel, certains artistes ont préféré représenter plutôt des images de leur quotidien ou des portraits d'individus identifiables. On voit là les fameux visages de Marwan, la main de Chafic Abboud, les silhouettes de Guiragossian, les formes humaines de Fateh el-Moudarress, les figures bestiales de Sabhan Adam...
Le chapitre consacré à « la nature et la terre » clôt cet ouvrage bien documenté qui comporte tant de nouvelles (re)découvertes. Et qui confirme, si besoin est, ce fameux adage : L'art n'est pas créé dans un vacuum.
Chaque œuvre est commentée et accompagnée d'une courte biographie de son auteur, tout en le situant dans le contexte général.
Pour résumer, empruntons à Saeb Eigner sa concluante formule : « L'histoire de l'art du Moyen-Orient est trop merveilleuse pour ne pas être racontée et trop éloquente pour ne pas être comprise. »
Avec plus de 450 superbes illustrations en couleurs, des biographies de plus de 200 artistes, cet ouvrage offre certainement, comme son titre l'indique, un intéressant vade-mecum de l'art contemporain du Moyen-Orient et d'Iran. Il vient combler une lacune importante, vu l'absence de références généralisée dans ce domaine. Et il arrive à point, si l'on considère l'intérêt international croissant que l'art du M-O suscite depuis un certain temps.L'on ne peut négliger non plus l'importance du message qu'un tel ouvrage peut faire parvenir aux sociétés occidentales qui ne reçoivent la plupart du temps que des images de terrorisme, de guerre et d'intégrisme transmises par les médias. Ces images n'épuisent pas la...
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