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Nos lecteurs ont la parole

Une attaque contre l’Iran serait-elle imminente ?

Pierre PICCININ
L'Iran poursuit sa politique de développement du secteur nucléaire.
Officiellement, l'Iran souhaite se doter de moyens nucléaires civils. Mais il est probable et logique que le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad ait envisagé de posséder l'arme atomique, de sorte à protéger définitivement l'Iran des appétits nord-américains et britanniques, aiguisés par le gâteau pétrolier, perdu à la suite de la révolution islamique de 1979, qui a entraîné la nationalisation de ce secteur, dont les bénéfices sont depuis lors affectés au développement de la politique sociale, point fort de la République islamique.
Dans les prochains jours, l'Iran recevra de l'uranium enrichi de Russie et lancera le démarrage de la centrale nucléaire de Bouchehr, au nord de Téhéran, site désormais sous haute surveillance, l'armée iranienne y ayant concentré plusieurs bataillons de défense antiaérienne, comme nous avons pu le constater lors de notre visite en Iran, en juillet dernier.
La réception d'uranium enrichi par l'Iran constituerait le point de départ déterminant d'une accélération de son programme nucléaire, qui inquiète tant les puissances désireuses de reprendre le contrôle des ressources énergétiques de ce pays. Quant à la politique israélienne d'occupation des territoires palestiniens, si elle n'est plus réellement contrecarrée par les pays arabes comme l'Égypte, la Jordanie ou la Syrie, elle demeure inacceptable pour la République islamique et son allié libanais, le Hezbollah.
Autrement dit, tout porte à croire qu'Israël n'acceptera pas que l'Iran accède à la technologie nucléaire, pas plus que ses alliés privilégiés, à savoir les États-Unis et la Grande-Bretagne, mais également la France, depuis que Nicolas Sarkozy a inversé la politique gaulliste et s'est rangé dans l'axe atlantiste pro-israélien.
Or il apparaît que la seule manière d'empêcher l'Iran d'approcher cette technologie soit de détruire ses installations nucléaires, et ce avant leur mise en marche effective, qui est prévue pour ce samedi 21 août. Le droit international, en effet, interdit l'attaque de cibles nucléaires, dont la destruction entraînerait de graves répercutions, non seulement à l'échelle régionale mais, comme l'a montré l'accident de Tchernobyl, en 1986, sur un plan international de grande amplitude.
Le 17 août, John Bolton, néoconservateur partisan de George Bush et de sa politique agressive, a déclaré qu'il ne restait que quelques jours pour mener une action militaire « préventive », en accord avec la résolution 1929 prise en juin dernier par le Conseil de sécurité des Nations unies et qui prévoit que tous les États doivent empêcher la fourniture à l'Iran de ce genre de technologie, susceptible d'être utilisée militairement.
A priori, cependant, une attaque frontale contre l'Iran semblerait suicidaire de la part des États-Unis, qui doivent encore achever la difficile guerre d'Afghanistan et peinent à maintenir l'ordre en Irak où, en dépit de ses effets d'annonce, Barack Obama a néanmoins laissé plus de cinquante mille hommes.
L'Iran, en effet, donne l'image d'une nation solide et unie, prête à une résistance farouche, similaire à celle qu'elle a opposée à l'Irak entre 1980 et 1988.
Cependant, pas plus que l'administration Bush, l'administration Obama ne peut se soustraire aux lobbies du pétrole et de l'industrie d'armement, qui réclament une intervention en Iran.
Mais, surtout, l'Iran a beaucoup évolué : si les milieux ruraux pauvres, favorables au président Ahmadinejad et à sa politique sociale, contrairement aux élites urbaines, restent largement majoritaires, en revanche, un second clivage dominant laisse espérer une victoire aisée aux ennemis de la République islamique. En effet, les jeunes de moins de tente ans, près de 70 % de la population iranienne, n'ont connu ni la période du chah ni la guerre Iran-Irak, et ne sont plus prêts à se battre pour les ayatollahs.
Mieux : entichée du mode de vie occidental, dont la télévision satellitaire lui propose une image lissée, la jeunesse iranienne serait toute prête à accueillir les soldats américains comme des « libérateurs »...
Cela, probablement, explique le soutien logistique procuré par le département d'État US à la « révolution verte » avortée qui a suivi les élections de juin 2009, contestant la victoire de Mahmoud Ahmadinejad.
Ainsi, une intervention en Iran semble parfaitement jouable.
Mais peut-être l'Iran suggérera-t-elle un compromis de dernière minute, qui évitera une nouvelle tragédie au Moyen-Orient.

Pierre PICCININ
Professeur d'histoire et de sciences politiques -
École européenne de Bruxelles I
L'Iran poursuit sa politique de développement du secteur nucléaire.Officiellement, l'Iran souhaite se doter de moyens nucléaires civils. Mais il est probable et logique que le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad ait envisagé de posséder l'arme atomique, de sorte à protéger définitivement l'Iran des appétits nord-américains et britanniques, aiguisés par le gâteau pétrolier, perdu à la suite de la révolution islamique de 1979, qui a entraîné la nationalisation de ce secteur, dont les bénéfices sont depuis lors affectés au développement de la politique sociale, point fort de la République islamique.Dans les prochains jours, l'Iran recevra de l'uranium enrichi de Russie et lancera le...
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