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Liban - En Dents De Scie

Mauvais gen(d)re

Trente-troisième semaine de 2010.
Très peu savent qu'il est capable de faire autre chose que d'être le gendre de..., inventant là un insupportable népotisme new look, GB meeting the Tudors avec tous les ridicules privilèges qui vont avec. De faire autre chose que cette demi-douzaine d'allers-retours Beyrouth-Damas avec, à la clé, autant de réunions au pas de charge avec les gardiens du temple Assad. Autre chose que de pousser le CPL à une fusion idéologique et quasiment charnelle avec le Hezbollah que de sortir son Bic quatre couleurs pour rédiger, en tirant la langue tellement il a envie de s'appliquer, le fumeux document de Mar Mikhaël signé en 2006 dans l'église superbanlieue sud du même nom, et avec un plaisir très Tom va bouffer Jerry par Hassan Nasrallah et Michel Aoun. Très peu savent qu'il est capable de faire autre chose que d'être le ministre des Télécoms sous le mandat duquel il était pratiquement impossible d'avoir une conversation téléphonique normale tellement les communications étaient mauvaises.
Et pour cause : Gebran Bassil n'a jamais rien fait d'autre, du moins publiquement, depuis le retour de son beau-père aux affaires. Rien. Jusqu'à cette semaine où, furieux comme jamais, adulte et sans doute, pour la première fois de sa vie politique, sincère comme jamais, il a littéralement éructé contre ceux qui s'en prennent à son ministère alors qu'ils contribuent, la main sur le cœur, à la détérioration pandémique du réseau électrique : Il n'est pas permis qu'une région dans laquelle pullulent les branchements illégaux proteste contre les coupures de courant (...) Seuls les chrétiens ne bronchent pas parce que personne ne les manipule... Et le reste à l'avenant.
À la bonne heure. On oubliera la maladresse des connotations communautaires ; on oubliera ces fleurs lancées avec une démagogie toute aouniste aux partisans du CPL, des Marada, des FL, du PNL, du BN, du RD, etc., et on retiendra l'évidence : que c'est la première fois qu'un ministre de l'Énergie s'exprime, du moins de cette manière, sur les infinies misères d'un secteur métastasé et donc sur celles des citoyens - même s'il ne le fait que pour se disculper ; même s'il aura attendu aussi longtemps, attendu que la situation soit devenue carrément intolérable, pour ce faire, même, surtout, s'il a soigneusement évité, et pour cause, d'appeler un chat un chat. Parce que, n'est-ce pas, tout le monde sait que les mauvais payeurs, musulmans ou chrétiens soient-ils, habitent dans leur immense majorité des zones exclusivement contrôlées par l'allié numéro un, l'allié chéri, l'allié dominant du CPL en général et du ministre de l'Énergie himself en particulier : le Hezbollah.
Dont le nom n'a pas été prononcé une seule fois par le décidément très délicat Gebran Bassil.
Une ellipse inouïe, mais compréhensible, évidente, somme toute légitime.
Et pourtant : ces pneus brûlés ici et là ces derniers jours, ces pneus nécessairement bénis par le Hezbollah et qui rappellent furieusement ceux qui flambaient avant un certain mai 2008 pourraient sans le moindre problème, sans le moindre état d'âme, devenir dans pas longtemps des cartes maîtresses pour n'importe quelle négociation. N'importe quelle négation. À commencer par le tribunal international ou cette fumeuse stratégie de défense sur laquelle s'échine avec une bonne foi confondante, mais réellement vaine ce pauvre Michel Sleiman et pour laquelle le 14 Mars, par le truchement du pourtant très coriace Samir Geagea, s'est montré prêt, de Beiteddine, à se déshabiller un peu (beaucoup, passionnément, etc.) - canicules présentes et à venir obligent.
Ces pneus brûlés aujourd'hui en signe de protestation et contre lesquels a fulminé Gebran Bassil sont en réalité un geste d'une portée politique inouïe.
Pour le CPL en général et le courant emmené par le jeune ministre en particulier, deux options se présentent. Dans le pire des cas, ces pneus brûlés accoucheraient d'un nouveau document de Mar Mikhaël, aussi poudre aux yeux et inutile que le premier, et que précéderait un ostentatoire mea culpa du beau-père en personne. Dans le meilleur des cas, dans le cas d'un scénario très mauvais gen(d)re qu'auraient écrit à quatre mains CPL et Hezbollah, ces pneus-là, tellement plus retors et pervers que les kalachnikovs du Hezbollah puisque c'est le peuple et non les miliciens qui les enflamme, centupleraient la vampirisation de l'État par le 8 Mars, désempareraient grandement la majorité et dynamiteraient le premier gouvernement d'un Saad Hariri dont le discours se désencombre de jour en jour de son gras, de ses scories, et qui sent tout naturellement que quelque chose, quelque part, se trame : il a tenu hier à rappeler que si des centrales électriques fonctionnant au gaz avaient été construites dès 1996, tout cela aurait pu être évité.
Le Hezb et le CPL branche Bassil n'en seraient pas à leur premier complot, leur première manigance. Dans ce cas-là, le (désormais) très barbu ministre de l'Énergie mériterait amplement, pour une fois, un Oscar que lui décerneraient à l'unanimité, pour une fois, tous les Libanais. Pour une (seule et dernière) fois.
Trente-troisième semaine de 2010.Très peu savent qu'il est capable de faire autre chose que d'être le gendre de..., inventant là un insupportable népotisme new look, GB meeting the Tudors avec tous les ridicules privilèges qui vont avec. De faire autre chose que cette demi-douzaine d'allers-retours Beyrouth-Damas avec, à la clé, autant de réunions au pas de charge avec les gardiens du temple Assad. Autre chose que de pousser le CPL à une fusion idéologique et quasiment charnelle avec le Hezbollah que de sortir son Bic quatre couleurs pour rédiger, en tirant la langue tellement il a envie de s'appliquer, le fumeux document de Mar Mikhaël signé en 2006 dans l'église superbanlieue sud du même nom, et avec un plaisir très Tom va...
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