Tout à coup, la conversation a tourné autour de la nationalité de différents convives. J'ai été éberlué de la diversité du nombre de concitoyens qui jouissent de la double nationalité, tel était grec parce qu'une grand-mère avait cette nationalité, tel autre canadien, parce qu'il avait vécu trois ans au Canada, et je ne vous parle pas des Saoudiens ou des pays du Golfe.
Dans ce capharnaüm des différentes nationalités, je me suis trouvé le seul Libanais à n'avoir qu'un seul passeport. Pendant que les critiques pleuvaient à mon encontre, sur mon inconscience, alors qu'avec une mère italienne, une grand-mère grecque et une femme aleppine, j'aurais pu faire un choix et avoir cette double identité, qui, en cas de problème au Liban, m'aurait permis de me mettre à l'abri ainsi que ma famille.
J'avoue que j'ai toujours refusé d'envisager d'obtenir une seconde nationalité car, dans ce que mes amis ont appelé mon aveuglement, j'ai voulu rêver exclusivement.
Mon Liban, malgré tous tes défauts, malgré tous les malheurs qui se sont abattus sur toi, mon grand petit pays, je t'aime trop pour me permettre une mésalliance.
J'ai voulu rester présent dans toutes ces épreuves tristes qui ont jalonné ta vie. En Libanais sincère, j'ai voulu être parmi ceux qui t'ont défendu, alors que jusqu'à ce jour, à 80 ans, je ne sais pas tenir un fusil. Je reconnais que je t'ai souvent défendu contre des centaines de gens qui profitaient de ton statut, faisaient fortune sur ton territoire, mais étaient toujours les premiers à t'insulter. Ce pays, mon pays, est unique au monde, et toutes les nationalités du monde ne m'intéresseront pas. Ce pays, béni de Dieu, ce pays de lait et de miel est et restera un exemple pour toutes les nations du monde. Malgré tous tes défauts, je t'aime, mon pays adoré, et je demande à mes concitoyens, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, de savoir te conserver jusqu'à la fin des temps. Au Paradis, à l'heure du Jugement dernier, nous serons fiers de dire, comme Gebran notre grand poète, qu'on est libanais.
Pour moi, les vrais Libanais, ce sont ces héros et hommes politiques qui, au cours de notre courte et longue histoire, ont jalonné notre vie et donné à notre pays cette aura qui lui permet de se distinguer des autres pays du monde.
C'est ce Riad el-Solh, le sunnite, qui s'est mis au service de son pays, c'est Mohsen Slim, le chiite, qui, dans toutes les instance internationales, a su défendre l'entité du Liban, c'est Kamal Joumblatt, le sage druze, qui, malgré sa rigueur, a toujours conservé son statut de Libanais, c'est Ayoub Tabet, protestant, mon voisin, un homme simple, qui a éliminé tous les apparats du pouvoir pour rester au-dessus de la mêlée, et ne pas augmenter les frais afférents à sa fonction, c'est aussi toute cette lignée de maronites sincères, qui s'appelaient Béchara el-Khoury, Raymond Eddé, Fouad Chehab, Camille Chamoun, Pierre Gemayel, etc., qui, en toute circonstance, disaient Liban d'abord. C'est aussi Rafic Hariri qui a oublié ses richesses pour se mettre au service du Liban. C'est aussi cette famille Tuéni qui a donné sa vie pour le Liban.
Et bien entendu, il faut ajouter tous ces martyrs, qu'il soient politiciens, intellectuels de toutes confessions ou soldats de notre vaillante armée multiconfessionnelle, qui ont donné leur vie pour que le Liban vive.
Je demande aux Libanais sincères d'oublier leurs querelles, d'oublier leurs liens communautaires et de penser Liban car notre pays est unique en son genre, et rien ni personne ne pourra le remplacer, dans le cas où nous aurions le malheur de le perdre.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve