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Nos lecteurs ont la parole

Allô ! Beyrouth

Anthony DARMO
« Allô, allô, Beyrouth, min fadlak ya einaye, ehtini Beyrouth w'aajjell bel khat chewayeh »...
Rien de tel qu'un vieux succès discographique de la grande Sabah pour se changer les idées. Oui, quel plaisir de la revoir et d'écouter cette désuète chanson,finalement si intemporelle!
Le seul soucis pour nous autres Libanais, c'est qu'il semble y avoir de nombreux interlocuteurs au bout de la ligne téléphonique.
Oui,tellement de fritures que toutes les conversations deviennent inaudibles et incompréhensibles. Pire, il est évident que tout n'est que cacophonie,à la sauce libanaise.
Heureusement que, malgré la précarité d'une grande majorité de la société civile, il y a le soleil au-dessus du Liban pour réchauffer les cœurs meurtris. Mais pour combien de temps encore allons-nous fermer les yeux sur tous les imbroglios politiques qui secouent notre classe dirigeante en espérant que la marmite n‘explose pas ?
À force de faire l'autruche à chaque problème, peu à peu nous nous éloignons à grande vitesse de l'unité nationale, que l'on ne doit pas confondre avec abnégation identitaire. N'en déplaise à certains, la diversité n'empêche pas l‘entente patriotique.
Par où commencer ? Là réside la complexité du problème de notre pays, tant les affaires en cours sont nombreuses, dichotomiques.
Il y a d'abord la division chrétienne qui, deux mille ans après l'apparition du christianisme, existe encore au pays du Cèdre. Certains semblent avoir oublié que l'orgueil est un péché.
Il y a ensuite la rivalité ancestrale sunnito-chiite, à la limite de la « fitna ».
Il y a enfin l'enlisement géopolitique de l'après-14 février 2005.
Au Liban, tout prend des proportions gigantesques : un banal accrochage entre deux voitures peut se terminer en conflit généralisé au quartier où il s'est produit.
Oui, nous avons le sang chaud, parlons haut, aimons le spectacle de nos disputes, mais n'est-il pas temps de tout remettre à plat, de renoncer à nos stupides habitudes guerrières ?
Les Libanais ont une chance incroyable : ils ont de nombreux parrains qui se décarcassent pour leur avenir. Ainsi, le vendredi 30 juillet 2010 est à marquer d'une pierre blanche. Ce jour-là, béni de Dieu, nous avons eu droit à la visite du Abdallah d'Arabie saoudite, qui était accompagné du président syrien Bachar el-Assad. Celui-ci, depuis octobre 2002, n'était pas revenu au Liban. D'ailleurs, qui pouvait s'attendre à sa visite cinq ans après l'attentat qui coûta la vie à Rafic Hariri ? Le jour même de leur départ du Liban, un troisième hôte de marque, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, émir du Qatar, arrivait pour un long week-end libanais.
L'intérêt que nous portent les trois dirigeants arabes est flatteur, mais ils ne réglera en rien nos problèmes ; nous seuls pouvons décider de notre avenir.
Il faut absolument dépersonnaliser les dossiers qui fâchent, sur le Tribunal spécial pour le Liban notamment, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire...
En parlant d'antagonisme, il y a le délicat réseau d'espions libanais à la solde de l'État israélien. Qui sont-ils et combien sont-ils reste encore une énigme. Pour le bien du pays, peut-être faudrait-il, avec l'accord de tous les chefs de partis politiques, prononcer l'abandon des poursuites pénales. Une amnistie permettrait peut-être de faire sortir les loups de la bergerie, et ceux qui viendraient à être attrapés après cette mesure de clémence devront subir le châtiment pour leur crime envers le Liban. Ne répétons pas les erreurs de l'après-retrait israélien de l'an 2000 des territoires libanais occupés, quand de nombreux civils furent jetés en prison pour entente avec l'ennemi. Cela n'avait fait qu'accentuer la rancœur à l'encontre de l'État libanais. N'apportons pas de l 'eau au moulin de nos adversaires. Après tout, on a bien absous les auteurs des crimes de sang commis avant 1991. Bons ou mauvais, chrétiens ou musulmans, nous n'avons que trop souffert de la frénésie barbare. Les chefs des parties politiques libanais doivent prouver à tous leur dévouement absolu à la cause des Libanais et du Liban, loin de toute influence politique extérieure qui fausse notre vie.
La venue main dans la main du roi Abdallah d'Arabie, premier monarque saoudien depuis 1957 à fouler le sol libanais, et du président syrien Bachar el-Assad est de bon augure ; elle est le gage d'une réconciliation possible, pour le bien de tous ; elle va permettre le recadrage des hommes politiques libanais belliqueux qui oublient souvent le lait qui les nourrit...
Le souvenir des dernières années, marquées par des assassinats ciblés, est toujours présent dans nos mémoires et pour toujours. Mais nous devons aller de l'avant, penser à demain pour les générations futures, laisser nos sentiments personnels de côté, car ils n'ont pas droit de cité dans la vie politique où seul le pragmatisme prévaut .
Chrétiens libanais, musulmans libanais et druzes libanais ne font qu'un, n‘en déplaise aux va-t-en-guerre du pays et de la région.

Anthony DARMO
« Allô, allô, Beyrouth, min fadlak ya einaye, ehtini Beyrouth w'aajjell bel khat chewayeh »...Rien de tel qu'un vieux succès discographique de la grande Sabah pour se changer les idées. Oui, quel plaisir de la revoir et d'écouter cette désuète chanson,finalement si intemporelle!Le seul soucis pour nous autres Libanais, c'est qu'il semble y avoir de nombreux interlocuteurs au bout de la ligne téléphonique.Oui,tellement de fritures que toutes les conversations deviennent inaudibles et incompréhensibles. Pire, il est évident que tout n'est que cacophonie,à la sauce libanaise.Heureusement que, malgré la précarité d'une grande majorité de la société civile, il y a le soleil au-dessus du Liban pour...
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