Randa a fui l’Algérie et s’est installée à Beyrouth, où elle vient de publier ses Mémoires.
Mémoires de Randa la trans est le récit à la fois honnête et choquant de la lutte de Randa contre le système patriarcal, la société et la religion dans son Algérie natale.
Coécrit avec un journaliste libanais, Hazem Saghieh, le livre de 144 pages, publié en arabe à Beyrouth, dépeint avec une liberté troublante la vie de Randa : son enfance en tant que garçon, sa première expérience sexuelle avec un homme, son choix de devenir femme.
« J'avais le choix, je le savais, raconte à l'AFP cette transsexuelle mince aux cheveux noirs et longs qui ne souhaite pas révéler son âge. Je pouvais soit me suicider, soit entamer un traitement hormonal et vivre comme une femme, au risque d'être tuée par quelqu'un d'autre. »
En 2009, elle reçoit des menaces de mort qui l'obligeront plus tard à quitter sa patrie pour le Liban, où elle a des amis.
« J'ai reçu des "messages" de groupes islamistes pendant un certain temps, et la Sûreté générale en Algérie avait un dossier sur mon cas, dit-elle. En avril dernier, on m'a lancé un ultimatum : "Pars ou tu mourras". » Aujourd'hui, elle vit à Beyrouth, où elle s'apprête à finaliser le processus chirurgical, qui la transformera en femme.
Si la loi libanaise sanctionne « les relations sexuelles contre nature » d'un an d'emprisonnement maximum, elle ne fait pas mention des opérations de réattribution de sexe.
Malgré bien des aspects conservateurs dans ce petit pays méditerranéen, sa société reste relativement tolérante, et la réputation des médecins a encouragé les personnes de différentes orientations sexuelles à y trouver refuge.
« On me demande souvent "Pourquoi tu abandonnes le privilège d'être un homme pour devenir quelqu'un de pire qu'une femme qui est née femme ?" dit Randa. Nous devons leur faire comprendre que le mot "transsexuel" n'a rien à voir avec le sexe ou le plaisir, mais avec l'identité. »
Noël Nakhoul, un psychologue qui travaille avec des personnes qui s'interrogent sur leur identité sexuelle, affirme que, malgré l'absence de statistiques, le Liban reste de loin le pays le plus populaire pour les communautés marginalisées dans le monde arabe. « Pour eux, c'est un pays démocratique, du moins d'un point de vue social », affirme M. Nakhoul à l'AFP.
Le chirurgien Antoine Eid estime qu'une personne sur 50 000 au Liban au moins souffre de dysphorie sexuelle.
« Nous sommes très sélectifs, et une consultation psychologique pendant un an est nécessaire avant la prise de décision », souligne-t-il.
M. Eid insiste pour que ses patients obtiennent le soutien de leurs familles avant d'entamer ce long et douloureux processus, ce qui ne fut pas le cas de Randa.
« Je ne peux pas vous dire combien de fois j'appelle mes sœurs, mais je finis par raccrocher avant que ça ne sonne, raconte-t-elle, refoulant ses larmes. Je ruinerai leurs vies. »
Au Liban, l'association « Helem » défend les droits des homosexuels, des lesbiennes, des bisexuels et des transsexuels, et beaucoup de bars « gay friendly » fleurissent à Beyrouth.
« Helem », où milite Randa, organise régulièrement des événements à l'occasion de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie (Idaho).
« Parfois, j'ai envie de tout abandonner, mais il faut se battre pour notre liberté », dit-elle.


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