Une vue intérieure du château de Moravsky Krumlov qui abrite l’œuvre monumentale de Mucha.(DR)
Sept de ces vingt tableaux inspirés en partie par la mythologie ont les dimensions gigantesques de 8,1 x 6,1 m, alors que les huit toiles les plus « petites » mesurent 4,8 x 4,05 m.
Lors de la préparation de l'ouvrage, l'artiste, connu notamment pour ses affiches de la comédienne française Sarah Bernhardt, a entrepris plusieurs voyages d'études en Russie, Pologne, Serbie et Bulgarie.
« Prague et la famille Mucha souhaitent que L'Épopée slave soit exposée avec dignité dans la capitale », insiste Ondrej Pecha, conseiller municipal en charge de la culture.
« Moravsky Krumlov bénéficie d'un droit moral indubitable sur ces tableaux », rétorque de façon non moins résolue Michal Hasek, chef du conseil régional de la Moravie du Sud.
Selon un contrat signé en 1913 et le plus souvent cité dans l'affaire, le slavophile américain Charles Crane commanda cet ouvrage auprès du peintre pour en faire une donation à Prague, à condition que la ville érige un nouveau bâtiment spécialement conçu à cette fin.
Comme l'édifice n'a jamais vu le jour, le document « n'a pas pris effet », argue Jaroslav Mokry, le maire de Moravsky Krumlov.
Alertée par le mauvais état du château, une propriété privée, la municipalité pragoise entendait exposer L'Épopée slave temporairement dans un bâtiment de la Galerie nationale, en attendant la construction d'un nouveau pavillon.
Or, la mairie de Moravsky Krumlov a interdit in extremis fin juillet le transfert de l'ouvrage à Prague, en dépit de l'expiration d'un contrat entre les deux villes.
John Mucha, petit-fils de l'artiste, affirme qu'il est en possession d'un document datant des années 1930, par lequel le peintre, déçu par l'approche de Prague, prive la capitale de ses droits sur l'ouvrage.
En tout cas, en 1933, les toiles furent sans scrupules roulées et placées dans un dépôt. Cachées ensuite devant les nazis sous un amas de charbon, elles ont été restaurées après la guerre et exposées à partir de 1963 dans la « Salle des chevaliers » du château de Moravsky Krumlov.
Ce choix n'était pas sans logique : Moravsky Krumlov est distant de 8 km à peine d'Ivancice, ville natale d'Alfons Mucha, où se trouve aussi une exposition consacrée à l'artiste.
La Moravie du Sud attire un grand nombre de touristes, grâce à ses remarquables monuments, dont les châteaux de Lednice et de Valtice, inscrits en 1996 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, et à une longue tradition viticole.
Le transfert de L'Épopée slave se heurte logiquement à une farouche opposition de Moravsky Krumlov, qui perdrait ainsi sa principale attraction.
Mais, paradoxalement, de nombreux Pragois y sont aussi opposés, estimant que l'ouvrage de Mucha risquerait une marginalisation dans une ville aussi riche en monuments historiques et artistiques.
Certains mettent par ailleurs en question la valeur artistique et historique de L'Épopée slave.
Ce cycle monumental fut « un anachronisme déjà à l'époque de sa naissance », estime le rédacteur en chef de l'hebdomadaire tchèque Reflex, Pavel Safr.
Selon lui, « l'art plastique a déjà été ailleurs dans les années 1920 et 1930, alors que l'idée du panslavisme s'est dissipée dans les têtes des Tchèques raisonnables après la révolution bolchevique en Russie ».


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