Mais certaines composantes du 8 Mars ne sont pas satisfaites du climat de détente que les trois hôtes arabes ont voulu instiller sur une scène libanaise perturbée. Ces parties auraient souhaité que le roi Abdallah d'Arabie saoudite demande lui-même, ce qui aurait été plus marquant que si cela venait du président Assad de Syrie, le report de la publication de l'acte d'accusation du TSL. Un souhait absurde, bien évidemment, car ni le souverain ne peut s'aventurer à se mêler du tribunal ni la cour ne pourrait l'entendre, s'il s'y risquait. Mais il y a encore mieux, et mieux : des cadres du Hezbollah exigent qu'il n'y ait tout simplement pas d'acte d'accusation ! Tandis que d'autres, allant encore plus loin, veulent la suppression du TSL, sous motif qu'il n'est qu'un instrument fabriqué pour cibler le Hezbollah, lui nuire et l'affaiblir.
Cela étant, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, doit intervenir, pour la troisième fois en quelques jours, sur la scène publique, ce soir même. Il devait le faire le 30 juillet, mais le palais l'avait prié d'y surseoir, pour ne pas empiéter sur la visite des hôtes arabes. Comme il y a volontiers souscrit, des observateurs estiment que, tout en défendant ses thèses critiques sur le TSL et l'acte d'accusation, il accepterait de geler l'escalade sur la scène politique locale. D'autres observateurs sont d'un avis contraire : si Nasrallah voulait la détente, avancent-ils, il aurait tout simplement annulé sa prestation, qui n'était pas encore confirmée.
Et ces derniers semblent avoir raison. Car des cadres du Hezbollah indiquent que Nasrallah est résolu à appeler les choses par leur nom. Parce que, selon eux, le président Saad Hariri et les dirigeants du 14 Mars n'ont pas pris de position favorable tranchée par rapport à ses déclarations contre le TSL. Et d'ajouter que l'entretien entre le chef du gouvernement et le conseiller politique du chef du Hezbollah, hajj Hussein el-Khalil, a été houleux. D'où une remise en doute, sinon en question, de la rencontre entre Hariri et Nasrallah dont on a parlé dernièrement.
En face, on s'étonne que le Hezbollah attende de Hariri ce que ni lui ni personne d'autre ne peut donner. C'est-à-dire tenter d'influer sur une justice sourde à toute sollicitation, autant qu'aveugle, comme le montre sa représentation classique de déesse avec un bandeau sur les yeux, tenant une balance d'une main et un glaive de l'autre. Le tribunal, rappellent les loyalistes, a été créé par l'autorité internationale suprême, le Conseil de sécurité. Pour connaître d'une série sanglante de crimes terroristes, l'attentat qui a coûté la vie au président Rafic Hariri et à ses compagnons, ainsi que la trentaine d'assassinats et d'attentats qui ont été perpétrés ensuite, jusqu'à Doha en 2008.
Des témoins qui ont assisté à la visite rendue par le roi Abdallah à Saad Hariri certifient que les bruits que des opposants font courir sur un conseil royal de demande, par le gouvernement libanais, d'un report de l'acte d'accusation sont absolument faux.
Cependant, des prosyriens suggèrent que le Liban, pour contrer le TSL, cesse d'honorer ses obligations de participation au financement de cette instance. Ils ajoutent que s'il s'y refuse, les ministres du 8 Mars pourront claquer la porte et démissionner, comme ils l'avaient fait sous Siniora, toujours en raison du tribunal. Sauf qu'à l'époque c'était pour le compte de la Syrie, alors pointée du doigt, tandis que maintenant c'est le Hezbollah qui est en cause.
À ce propos, un détail qui en dit long : Assad n'a pas pris contact avec Nasrallah, lors de son passage au Liban. Il a simplement chargé son ministre des AE, Walid Moallem, de voir le chef du bloc parlementaire du Hezb, Mohammad Raad.
D'où ce constat de certains professionnels locaux : comme nul ici ne bénéficie d'une ombrelle extérieure, il n'y aura pas d'escalade au Liban. Une logique peut-être erronée, car c'est pour son compte que le Hezbollah s'exprime, dans le cas présent, et non en tant que répondant d'un axe extérieur. On y verra plus clair ce soir, quand Nasrallah prendra la parole.


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