Quatre ans après son retrait de la scène politique pour raisons de santé, Fidel Castro multiplie depuis un mois les apparitions publiques. Bientôt, il signera La Victoire stratégique, ouvrage sur la bataille du maquis de la Sierra Maestra. Ouvrage qui devrait aussi permettre, accessoirement, de répondre aux « innombrables questions qui (lui) ont été posées sur l'enfance, l'adolescence et la jeunesse, étapes qui (l')ont converti en révolutionnaire et combattant armé ». En attendant, l'aîné des Castro fait du PR sur le mode Castro et les intellectuels, Castro et les artistes, Castro et les économistes, Castro et les diplomates, etc.
Castro revient, égal à lui-même. La barbe est toujours broussailleuse, l'œil toujours sombre. Et le cigare toujours absent. Ce cigare qu'il tenait, comme son menton, pointé vers le ciel. Ce « barreau de chaise » qu'aux premiers temps de l'aventure révolutionnaire, il exhibait, délicatement serré entre des dents de carnassier. Ce Habano né sur ses terres, devenu l'accessoire d'une certaine bourgeoisie occidentale, voire d'un certain colonialisme, qu'il s'était réapproprié jusqu'à en faire le symbole d'une nation, la sienne. Ce Cohiba Lancero qu'il abandonna, en public du moins, dans les années 80.
Mais alors que Castro lâchait l'arrogant tison, d'autres, sur son île, continuaient, sur ses « bons » soins, de tâter du barreau. Du barreau fait d'un autre matériau, beaucoup moins noble que la feuille de tabac aux mille parfums, robes et arômes. Du barreau fait d'un matériau sans odeur, sans saveur, un matériau tueur d'âme, rongeur d'espoir, suceur de vie. Du barreau de prison. Barreaux derrière lesquels el Comandante avait encore envoyé, en mars 2003, 75 opposants accusés de collaboration avec les gringos.
Il y a deux semaines, Castro frère ordonnait la libération d'une cinquantaine d'entre eux. Et les esprits avides de liberté de La Havane de rêver qu'à terme, bientôt, peut-être, tous les barreaux de Cuba finiront par partir en fumée.

