Tous les rapports de la communauté et des organisations internationales font état d'obstacles géants qui freinent les efforts internationaux, tels que : le virement électronique, la globalisation du système financier, l'ouverture des frontières, le secret bancaire, les paradis fiscaux(1) et les méthodes nouvelles adoptées par la mafia. On peut dire que celle-ci et les organisations criminelles sont en passe de devenir des « leaders » participant au destin de l'humanité. C'est le cas à Kaboul et au Kosovo.
Les questions suivantes s'imposent à la communauté internationale : la mobilisation présente contre l'argent sale est-elle suffisante ? La coordination en matière d'application des normes au niveau des secteurs financiers, bancaires et professionnelles est-elle suffisante ? La collaboration des pays avec les organisations internationales comme le GAFI et l'Egmont, les ministères des Finances et gouverneurs des banques centrales du groupe des 20, les institutions des finances internationales, la Banque mondiale, l'Office des Nations unies pour le contrôle de la drogue et la prévention du crime, l'Interpol, l'organisation internationale des commissions de valeurs et l'organisation mondiale des douanes est-elle suffisante ?
Où se trouve l'intérêt des pays dominants du secteur financier international ? Et pourquoi ne coopèrent-ils pas d'une façon satisfaisante avec les Nations unies ? Pourquoi le phénomène du blanchiment d'argent continue-t-il à exister et surtout à s'accroître ? Quels sont les motifs qui poussent les criminels à participer au processus de blanchiment ? Comment la mondialisation des échanges favorise-t-elle le trafic, la corruption et le blanchiment ?
Il est temps de déclarer une guerre universelle efficace, sans intervention des intérêts personnels et étatiques, contre ce fléau international.
La criminalité transnationale telle que nous la connaissons aujourd'hui mine la société, les régimes politiques et la souveraineté des États en normalisant la violence et l'escroquerie et en introduisant les revenus de la drogue et la corruption au sein des structures politiques.
Pour lutter contre le blanchiment d'argent, il faut tout d'abord combattre ces deux fléaux que sont le trafic de drogue et la corruption internationale et leur lien avec les organisations criminelles (mafia) qui constituent les sources du blanchiment de capitaux.
Selon l'Organisation des Nations unies, les revenus mondiaux annuels des organisations criminelles transnationales (OCT) sont de l'ordre de 1 000 milliards de dollars, un montant équivalent au produit national brut (PNB) combiné des pays à faible revenu (selon la Banque mondiale) et de leurs 3 milliards d'habitants.
Ces chiffres représentent une dizaine d'organisations criminelles qui peuvent
être qualifiées de mafia
italienne: la Cosa Nostra en Sicile, la N'drangheta en Calabre, la Sacra Corona Unita dans les Pouilles et la Camorra en Campanie.
Il y a aussi la mafia américaine, qui est une émanation de la Cosa Nostra sicilienne mais qui est aujourd'hui autonome, les Yakuzas au Japon, les Triades dans le sud-est de la Chine et enfin les mafias turque et albanaise dans le sud de l'Europe.
Ces organisations se sont associées « dans un esprit de coopération mondiale » orienté vers « l'ouverture de nouveaux marchés » dans les activités tant légales que criminelles (réseau bancaire...).
Une part de la dette publique est détenue par des organisations criminelles sous forme d'obligations et de bons du Trésor. Ces organisations sont devenues les créanciers de l'État et exercent, par leur action sur les marchés, une influence sur la politique macro-économique des gouvernements.
C'est dire que les cartels de la drogue deviendront les leaders de l'avenir. Devant ce défi, est-il possible de gagner la guerre contre les mafias ? Il est indéniable que la communauté internationale antidrogue subit un échec formidable et elle ne peut pas attaquer le mal depuis la racine.
Autre question : Peut-on guérir l'appétit de la drogue chez les citoyens des pays consommateurs comme les États-Unis et l'Europe ? Et comment ?
(À suivre)
Dr Naïm ROUSTOM
Secrétaire du rectorat de l'université La Sagesse
(1) Sources du blanchiment.

