L'audition, entamée en fin de matinée à son domicile de Neuilly (Hauts-de-Seine), s'est achevée en début d'après-midi, a annoncé aux journalistes l'avocat, resté sur place bien qu'il ne puisse légalement assister sa cliente. « Ma présence ici est une présence affectueuse », a-t-il dit.
La milliardaire de 87 ans, 3e fortune de France et 17e fortune mondiale avec une quinzaine de milliards d'euros, a été dispensée de convocation au siège de la police en raison de son grand âge, a dit à Reuters la procureure adjointe de Nanterre, Marie-Christine Daubigney. « C'est la seule disposition particulière », a-t-elle dit.
Liliane Bettencourt est au centre d'une affaire politique et judiciaire depuis la publication mi-juin d'enregistrements clandestins de ses conversations, réalisés par un employé.
Ils mettent au jour d'apparentes opérations de fraude fiscale en Suisse, et peut-être en Uruguay et à Singapour. L'enquête a déjà démontré que 78 millions d'euros étaient cachés sur des comptes suisses, et Liliane Bettencourt en a annoncé le rapatriement en France.
Il est aussi question dans les enregistrements de l'île d'Arros, aux Seychelles, acquise par les Bettencourt en 1999 à l'insu du fisc français. Son statut actuel est peu clair du fait d'un montage compliqué opéré au Liechtenstein.
Le fisc ne semble pas s'être intéressé à la fortune Bettencourt depuis de longues années. Liliane Bettencourt a reçu en revanche une centaine de millions d'euros de remboursement de l'État depuis 2007 au titre du bouclier fiscal.
Les policiers ont aussi toute latitude pour interroger Liliane Bettencourt sur l'embauche en novembre 2007 par son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, de Florence Woerth, épouse d'Éric Woerth, alors ministre du Budget.
Dans les enregistrements, Patrice de Maistre explique à la milliardaire avoir réalisé cette embauche pour « faire plaisir » à Éric Woerth et « à sa demande ».
Florence Woerth, qui touchait 200 000 euros par an, a nié tout arrangement devant la police, selon son avocat. Éric Woerth, qui recevait à la même époque et au moins depuis 2006 des chèques de Liliane Bettencourt pour l'UMP, parti dont il était trésorier, nie toute intervention.
L'enquête a déjà démontré qu'il avait remis la Légion d'honneur à Patrice de Maistre en janvier 2008, à sa demande.
Éric Woerth, aujourd'hui ministre du Travail, doit aussi être entendu dans les prochains jours comme témoin par la police, à une date que le parquet se refuse à préciser.
La police peut aussi interroger Liliane Bettencourt sur son entrevue avec Nicolas Sarkozy à l'Élysée en 2008, évoquée dans les enregistrements.
Il y aurait été question de la plainte de sa fille, finalement rejetée en 2009 par le parquet.
Enfin, l'enquête concerne les importants retraits en espèces opérés par la milliardaire, jusqu'à 50 000 euros par semaine sur des années. Son ex-comptable Claire Thibout a évoqué des dons à des hommes politiques, notamment un supposé financement illicite de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 à hauteur de 150 000 euros, via Éric Woerth.
La fille de Liliane Bettencourt, Françoise Meyers, considère que sa mère est victime de « prédateurs » qui profiteraient de son état de faiblesse. Elle demande sa mise sous tutelle que le parquet refuse en invoquant l'absence de constat médical.
Françoise Meyers poursuit au pénal le photographe François-Marie Banier pour « abus de faiblesse » en raison du milliard d'euros de dons extorqués selon elle à sa mère entre 2002 et 2007. Un complément d'enquête distinct des procédures du parquet est conduit par le tribunal de Nanterre sur ce point, et notamment la question du testament de l'héritière.

