Mais à l'heure de la globalisation des paiements scripturaux, rendant obsolètes les caractéristiques de l'or en tant que monnaie d'échange, et après avoir réussi, avec les fameux accords de Bretton-Woods, à enfin libérer l'émission monétaire de l'irrationalité d'être liée à une marchandise et non à l'activité économique, comment peut-on justifier cet incroyable regain d'intérêt que suscite l'or actuellement ? Cette nouvelle ruée vers l'or est-elle rationnelle ? Dans quelle mesure l'or constitue-t-il vraiment une valeur refuge?
Autant de questions que se posent de nombreux épargnants soucieux de préserver leur capital ainsi que certains investisseurs à la recherche d'opportunités de placement. Évidemment, nul ne peut prétendre répondre avec certitude à ces interrogations, mais nous pouvons essayer d'y apporter quelques éclairages.
Tout d'abord, il est important de préciser que, contrairement à ce qu'on peut croire, le regain d'intérêt pour l'or ne date pas du début de la crise financière de 2007-2008. Il trouve son origine deux années auparavant, lorsque divers fonds et autres spéculateurs ont commencé à s'intéresser à cette marchandise en pariant sur un accroissement de la demande mondiale d'or pour la joaillerie suite à l'enrichissement des populations chinoise et indienne. Cette idée rapidement adoptée par les traders des différentes places financières poussa, par anticipation, et donc artificiellement, les prix de 400 USD à près de 700 USD l'once !
Puis vint la crise financière. Mais alors que celle-ci devait en toute logique provoquer une chute de la demande mondiale de joaillerie, contrecarrant de ce fait le scénario prévu initialement par les traders, et entraîner donc un réajustement à la baisse des cours de l'or, on assiste au contraire à une nouvelle flambée des cours qui explosent alors plafond après plafond, sous l'effet d'une ruée effrénée des épargnants vers une marchandise considérée traditionnellement comme valeur sûre.
Mais en quoi l'or est-il une valeur sûre ? Notons tout d'abord que l'or, à l'opposé des autres matières premières, énergétiques, industrielles ou agricoles, ne répond pas à une nécessité réelle. Sa valeur est principalement conditionnée par la demande mondiale pour la joaillerie, mais surtout (à 60 % d'après les dernières estimations) par les marchés financiers qui regroupent épargnants et spéculateurs. Or cette demande est par essence incertaine et fluctuante, évoluant au gré des émotions.
De plus, l'or est une matière non périssable, donc la hausse des prix ne peut provenir d'une baisse de l'offre, mais uniquement d'une hausse de la demande. Ceci rend le cours de l'or entièrement dépendant de la fluctuation de la demande. Considérer l'or comme étant une valeur sûre, c'est donc ignorer totalement le caractère versatile de sa demande et le caractère incompressible de son offre.
Ceci rend le cours de l'or très vulnérable vis-à-vis du comportement des épargnants et des spéculateurs. Or, ceux-ci se désisteront nécessairement à un moment ou un autre de leur or et provoqueront de ce fait une spirale baissière dont il faudra sortir au plus tôt. Car quelle que soit la durée du mouvement haussier de l'or, viendra le moment où les cours se stabiliseront. Les spéculateurs chercheront alors à réaliser leurs profits et procéderont à des ordres de vente. Les prix commenceront à baisser. Les épargnants patienteront encore quelques années, attendant une hypothétique remontée des cours. Puis, réalisant que celle-ci tarde à venir et constatant surtout que leur placement ne leur apporte aucun revenu, contrairement à d'autres investissements (actions, obligations, immobilier), il procéderont à leur tour à une liquidation de leur position, ce qui provoquera un effondrement des cours.
Rappelons qu'au début des années 80, on avait assisté au même phénomène, quand les cours de l'or avaient atteint les 800$ l'once durant une certaine période, pour retomber ensuite autour des 300-400$, où ils s'enliseront durant... 25 ans !
On considère aussi l'or comme étant une couverture contre l'inflation. Mais l'inflation future semble déjà amplement prise en compte dans les prix actuels puisque les cours sont à près de 300 % de leur niveau d'il y a 4 ans !
N'oublions pas non plus que ce qui favorise actuellement le recours des épargnants à l'or est surtout la faiblesse des taux d'intérêt qui limite significativement le coût d'opportunité de la détention d'or. Mais lorsque les taux d'intérêt remonteront, on assistera très probablement à un transfert vers des placements plus rémunérateurs et donc à une baisse des cours de l'or.
Jusqu'où les cours de l'or peuvent-ils encore grimper ? Les bulles financières ont cela de particulier qu'elles sont irrationnelles. L'irrationalité a cela de particulier qu'elle est par définition imprévisible et ne connaît donc pas de limite. C'est pourquoi, dire que les cours de l'or ont atteint leur maximum serait bien maladroit. Mais craindre que les cours ne s'effondrent aussi rapidement qu'ils sont montés est sans aucun doute un signe de lucidité. La formation d'une bulle se reconnaît lorsque la hausse des prix entraîne une hausse de la demande plutôt qu'une baisse comme le voudrait le bon sens économique ! Or c'est bien ce qui semble se passer actuellement avec l'or.
Le mot de la fin revient à Warren Buffet : « On creuse un trou pour extraire l'or en Afrique ou quelque part dans le monde. Après l'avoir fondu, on creuse un autre trou, on l'enterre à nouveau puis on paie des gens pour le garder... » Trouvez l'erreur !
Charles NAJJAR
Consultant financier (MBA-HEC)


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