Je souligne le mot frères, c'est devenu un lieu commun, ils nous ont fait goûter aux années les plus sombres de notre destin, nous avons rompu ensemble le pain noir de la diaspora, de la dèche et de la misère.
Cela forcément crée des liens, affectifs ou haineux, selon le côté où l'on se tient. Toujours est-il que, accueillis dès 1948, ils ont été à l'origine de tous nos maux, malgré eux peut-être, leurs malheurs ayant été traités uniquement sur la base comptable des pertes et profits.
Penser qu'en 62 ans quelque chose a changé, c'est se fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Les politiciens de tout genre et de tout temps sont de fieffés manipulateurs de calculettes ; ils ne donnent rien pour rien, ce n'est pas dans leur dictionnaire et encore moins dans leurs habitudes.
Accueillir une population sauvagement déracinée relevait non de la grandeur d'âme des politiciens d'alors, dont certains chantres du passé brossent un tableau mirifique, mais d'un froid calcul vénalement sectaire, tendant à accroître leur popularité.
Sans être devin ou cassandre, dans 62 ans rien ne changera, et la descendance de notre descendance parlera sporadiquement encore des droits civiques des Palestiniens, ou de ce peuple qui un jour a vécu sur le territoire de ce très beau pays qu'est le Liban et que la Bible mentionne 62 fois.
Car, il est vital de ne jamais l'oublier, notre pays fut offert il n'y a pas très longtemps comme patrie de rechange pour le peuple palestinien et, n'était-ce la ténacité, l'abnégation, le courage, le don de soi de quelques jeunes, ce problème dans son ensemble aurait été pratiquement résolu au prix d'un nouveau casse-tête, le nôtre.
Il n'est certes pas permis que ces îlots de misère demeurent, que des enfants dépenaillés soient exhibés devant les caméras de télévision pour souligner le malheur de cette population spoliée de sa terre, tout comme il est inconcevable que toute une jeunesse soit privée de labeur, d'éducation, de fierté ou de liberté.
Je ne me permettrais pas d'aborder ce problème sous l'angle suspicieux de l'intégration à peine voilée, il y des spécialistes en la matière. Je me confinerais à l'humanitaire, soulignant que cette situation inhumaine ne saurait perdurer, qu'une correction doit y être apportée.
Mais charité bien ordonnée commence par soi-même. Le Liban a-t-il les moyens de cette politique de mansuétude, alors que la majeure partie de sa jeunesse, bardée de diplômes ou non, s'en va forger sous des cieux plus cléments son avenir, le créneau des débouchés sur le marché local étant ténu ?
De plus, cela fait des années qu'on nous rebat les oreilles avec la situation précaire de la Caisse nationale de Sécurité sociale, déficitaire, sur le point de s'écrouler. Peut-elle englober ces centaines de milliers de nouveaux adhérents, leur offrir des prestations, alors que nos hôpitaux sont pris à la gorge justement par la lenteur de la CNSS à leur régler, même au compte-gouttes, leur dû, faute de ressources ?
Je ne ferais pas l'injure à cette population de réfugiés d'en parler en les comparant aux aides de maison, comme l'ont fait certains politiciens, qui, il est vrai, font feu de tout bois, pourvu que cela fasse mal et blesse.
Pour terminer, repassons par la case pertes et profits. Si par le miracle de je ne sais quelle entourloupe ce projet aboutissait, il ne saurait être question que ces Libanais en attente de le devenir - ne nous leurrons pas - gardent leurs bases et leurs armes, l'adage bonimenteur que l'on nous ressasse, « tout le monde au-dessous des lois », devra être appliqué dans toute sa rigueur.
Quid enfin de l'équilibre communautaire ? C'est une inconnue qui saute aux yeux. Et je pense que le dernier discours du chef du Hezbollah, en sous-jacent, n'y est pas du tout étranger.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef