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Nos lecteurs ont la parole

Identité collective et processus d’identification

Bahjat  RIZK
La question du pluralisme culturel, qui touche aujourd'hui toutes les sociétés du fait de la mondialisation, doit être envisagée de manière objective et non subjective. Le processus de structuration identitaire n'est pas un processus arbitraire, il obéit à des éléments objectifs identifiés. Il s'agit, depuis Hérodote, le père de l'histoire, témoin du premier choc des cultures entre les Grecs et les Perses, de «  la langue, la religion, la race et les mœurs ». Une société pluraliste va forcément avoir un élément de structuration identitaire divergent, qu'elle doit compenser nécessairement par d'autres éléments d'identification (au sein de cette grille paramétrique) et surtout par le désir de vivre ensemble car la diversité culturelle doit être envisagée comme une valeur ajoutée et non comme un handicap.
C'est un processus qui s'effectue donc en deux étapes : tout d'abord identifier l'élément divergent et le reconnaître, accepter cette dimension de la divergence culturelle identitaire, et l'envisager comme une valeur ajoutée puis compenser cette divergence culturelle par d'autres éléments d'identification qui servent de catalyseurs structurants. Certes, parmi les quatre éléments, il y en a deux qu'on reçoit à sa naissance et auxquels on peut théoriquement, difficilement renoncer (religion et race) et deux autres qu'on peut acquérir (langue et mœurs). Mais pratiquement, les quatre sont déterminants et quasi exclusifs dès le départ dans le processus de structuration identitaire, et semblent partir de l'affectif, de l'émotionnel et du pulsionnel, avant d'être intellectualisés et rationalisés. La culture est certes ce qui nous extrait de la nature, mais plonge ses racines profondes dans nos besoins affectifs. Pour cela, ces éléments d'identification doivent être envisagés de manière objective et neutre (race, langue, religion et mœurs) au-delà de leur contenu, et considérés comme des éléments structurants, qui peuvent définir des dynamiques d'ouverture (dialogue des cultures) ou de conflit (choc des cultures). Il me semble donc impératif, dans un processus de négociation identitaire, de déterminer les éléments objectifs (plutôt que de les nier) et d'évaluer la marge de désir de vivre ensemble, de percevoir l'altérité comme une source d'enrichissement mutuel et de compenser l'élément divergent significatif par d'autres éléments de compensation dans la grille paramétrique qui rétablissent le processus d'identification. Toute l'identité culturelle va s'établir autour de ces quatre éléments qui servent soit d'élément d'unification ou de fragmentation.
Les Libanais se retrouvent entre eux selon la langue et surtout selon les mœurs qui les différencient des autres pays arabes. Par contre, la religion est nettement un élément de différenciation culturelle, à la base de leur système politique communautaire, qui a fourni le système de démocratie consensuelle, leur a évité les dérives dictatoriales, mais les pousse à sans cesse renégocier leurs acquis communautaires et à rester soumis aux variations démographiques et géographiques. Sayyed Fadlallah, qui vient de disparaître, a nettement fait le choix de l'arabité et du dialogue islamo-chrétien, au détriment de la République islamique, d'inspiration iranienne. Avant lui, le président Béchara el-Khoury avait fait le choix de l'arabité au détriment du mandat français. Le président Riad el-Solh et le président Rafic Hariri ont œuvré pour l'arabité ouverte assortie d'une spécificité libanaise. L'imam Mohammad Mehdi Chamseddine avait également opté pour la spécificité libanaise (pluralisme communautaire). Antoun Saadé avait opté pour une appartenance laïque cananéo-phénicienne, incluant les pays avoisinants (Grande Syrie ou croissant fertile), Michel Aflak pour une appartenance laïque arabe, incluant l'islam, Kamal Hage pour une arabité libanaise islamo-chrétienne, Charles Hélou et Amine Gemayel pour une ouverture sur la francophonie, Abdel Nasser pour un mouvement panarabe unificateur, les Frères musulmans pour un mouvement sunnite, fondamentaliste transnational, l'Iran et la Turquie aujourd'hui pour un islam politique régional.
Il me semble peu important de porter un jugement de valeur sur le discours identitaire soutenu par tel ou tel leader politique ou idéologue politique. Ce qui me semble utile, c'est de décrire une dynamique qui va nécessairement  porter sur l'un ou l'autre des paramètres et créer à partir de là une nouvelle configuration idéologique politique significative. De mêmepour l'identification en Occident (entre diverses langues et les incontournables libertés individuelles), la constitution de l'Europe au fil des siècles et de l'Union européenne aujourd'hui, de l'Union pour la Méditerranée, de l'unité africaine, de l'Union latine, de la Ligue des États arabes, de la Conférence islamique, de l'Organisation internationale de la francophonie... Toutes les entités culturelles et politiques vont nécessairement prendre en considération un élément structurant de base à partir duquel on déterminera la sphère intérieure et la sphère extérieure. L'idée d'identifier et de définir ces éléments structurants de base est de pouvoir les replacer dans un cadre pour pouvoir les relativiser, les négocier et les compenser. Une définition cohérente de l'identité doit  examiner tour à tour les quatre éléments, et définir leur ordre de priorité et leur possibilité de compensation.  
Certes, un processus identitaire n'est pas figé, mais il emprunte invariablement l'un ou l'autre de ces paramètres. Pour une même entité qui vise à se maintenir en tant que telle (cohésion), il s'agit d'établir une identité cohérente qui prenne en considération la priorité des paramètres et leur possibilité de compensation. Une entité qui n'est pas claire dans ses choix prioritaires sera toujours alors en butte à des options contradictoires qui pourront entraîner au mieux des processus de sécession, et au pire des probabilités de guerre civile.

Bahjat  RIZK

La question du pluralisme culturel, qui touche aujourd'hui toutes les sociétés du fait de la mondialisation, doit être envisagée de manière objective et non subjective. Le processus de structuration identitaire n'est pas un processus arbitraire, il obéit à des éléments objectifs identifiés. Il s'agit, depuis Hérodote, le père de l'histoire, témoin du premier choc des cultures entre les Grecs et les Perses, de «  la langue, la religion, la race et les mœurs ». Une société pluraliste va forcément avoir un élément de structuration identitaire divergent, qu'elle doit compenser nécessairement par d'autres éléments d'identification (au sein de cette grille...
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