Troisième tête-à-tête Assad-Hariri, hier matin. Sana
Alors que le chef de l'État, le général Michel Sleiman, recevait M. Michel Pharaon, premier des membres du comité national pour le dialogue qu'il compte recevoir, à tour de rôle, dans un effort pour calmer le jeu politique, le Premier ministre, Saad Hariri, rentrait hier en fin de matinée de Damas d'une visite d'État en Syrie, après une troisième rencontre matinale, en fait un troisième tête-à-tête, avec le chef de l'État syrien. Un tête-à-tête qui, on le devine, n'a pas porté sur les questions conventionnelles débattues dans les rencontres publiques, mais a été consacré à l'essentiel des questions en suspens entre les deux pays, et bien entendu à la situation régionale. Au demeurant, la présence à Damas de M. Hariri a coïncidé avec une visite du chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu.
En ce qui concerne la tension provoquée par les accusations du secrétaire général du Hezbollah contre les services de renseignements des Forces de sécurité intérieure, on assure de sources politiques concordantes que le ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, effectuera dans les prochains jours une visite à Hassan Nasrallah, avec lequel il doit tirer au clair l'affaire de l'espion libanais infiltré dans la compagnie de téléphonie mobile alfa, dont Nasrallah laisse entendre qu'il a bénéficié de protections politiques haut placées.
Notons que les sources du 14 Mars se sont en général étonnées de la virulence des attaques lancées par Hassan Nasrallah contre le TSL et y ont vu un aveu anticipé de culpabilité, alors que la présomption d'innocence couvre toujours le parti de Dieu.
Pour en revenir à la visite en Syrie, on insistait hier, de source proche de la délégation ministérielle libanaise, sur le caractère positif des rencontres de dimanche et sur la sympathie personnelle qui semble s'être établie entre le chef de l'État syrien et M. Hariri.
Toutefois, l'agence syrienne SANA a de nouveau insisté hier sur la nécessité du Comité supérieur libano-syrien, en dépit de l'échange d'ambassadeurs entre les deux pays, insistant aussi sur le caractère « privilégié » des relations entre le Liban et la Syrie.
La nécessité de cette institution créée en 1991 par un traité de fraternité, de coopération et de coordination, échappe cependant à une partie de la classe politique, qui y voit l'une des séquelles d'une phase révolue et dépassée des rapports libano-syriens, celle où Damas régentait le Liban et lui dictait ses volontés.
Indépendamment de ce traité et des institutions qui en relèvent, les ministres qui se trouvaient à Damas en sont revenus plutôt satisfaits et convaincus que le Liban a tout à gagner d'une coopération sincère et efficace avec la Syrie, sur la plupart des plans, notamment en matière sécuritaire et commerciale.
C'est ainsi que le ministre de l'Intérieur a affirmé à Damas, juste avant son retour, qu'en matière de lutte contre le terrorisme, ou le trafic de drogue et le crime organisé, l'efficacité est fonction de l'échelle à laquelle cette lutte est menée, sans compter le caractère particulièrement utile des échanges de données dans ce domaine.
Pour sa part, le ministre du Commerce, Mohammad Safadi, a déploré le caractère dérisoire du volume des échanges commerciaux annuels entre le Liban et la Syrie, qui s'élève à 400 millions de dollars, et a souhaité sa nette augmentation. Ce volume, note-t-on, devrait s'élever avec certains des accords passés dimanche, et notamment de l'accord sur l'enregistrement au ministère de la Santé de produits pharmaceutiques fabriqués en Syrie.
Le cas des Libanais disparus détenus en Syrie
Toutefois, des dossiers bloqués continuent d'assombrir les relations en voie de normalisation entre le Liban et la Syrie. L'un de ces dossiers est celui des Libanais disparus que les autorités syriennes détiendraient en des lieux secrets, ou qui auraient trouvé la mort dans des prisons syriennes.
Le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, qui se trouvait dimanche à Damas, a indiqué hier que, contrairement à ce qu'a affirmé un quotidien de Beyrouth, la Syrie « n'a pas reconnu que 800 Libanais disparus se trouveraient en Syrie ».
Une partie seulement des informations rapportées par ce quotidien sont exactes, a affirmé M. Najjar, à savoir qu'environ 1 000 Syriens sont portés disparus au Liban.
Damas, a ajouté le ministre de la Justice, « n'admet en aucune façon la présence en Syrie de Libanais portés disparus ». Et d'insister à nouveau sur « le caractère purement humanitaire de ce dossier » et sur « le drame vécu par des dizaines de familles sans nouvelles de leurs proches » portés disparus ou enlevés devant témoins dans des circonstances ayant directement ou indirectement affaire avec la présence militaire de la Syrie au Liban, durant les années de guerre, puis de tutelle.
Et M. Najjar de révéler qu'un accord verbal a été conclu pour confier ce dossier aux deux seuls ministres de la Justice libanais et syrien, alors qu'auparavant il était, côté syrien, du seul ressort de la présidence du Conseil ou du gouvernement réuni.
Et d'ajouter : « Nous sommes convenus d'élever le niveau du discours tenu à ce sujet, dans le but de parvenir à clore ce dossier avec l'aide du » comité des disparus « chargé de cette question. Très prochainement, nous convoquerons à une réunion les parents de détenus, afin de tenter de mettre fin à cette question douloureuse ». La réunion, prévoit-on, aura lieu dans les deux jours.
On rappelle que dans le communiqué final publié à l'issue de la visite, dimanche, une clause avait cité, pour la première fois de façon publique, l'existence d'un dossier portant sur les disparus libanais en Syrie. Le communiqué avait réclamé que « le comité des disparus » remplisse sa mission « le plus vite possible ».
Pour sa part, le président de l'Association des prisonniers politiques libanais en Syrie, Ali Abou Dehn, a affirmé que « personne au monde ne peut nier la présence en Syrie de détenus politiques libanais ». Ancien détenu, il a donc souhaité la libération des prisonniers politiques qui se trouvaient dans la même prison que lui. « La libération de l'un d'eux nous a donné un certain espoir de voir d'autres cas similaires se produire », a-t-il dit, estimant que d'éventuels progrès sur ce dossier se réaliseront par des négociations secrètes.
F.N.


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