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Nos lecteurs ont la parole

La charité chrétienne révisée

Un employeur
Dans une ruelle calme d'Achrafieh se trouve un foyer pour jeunes filles dépendant d'un couvent de religieuses. Comme mon domicile est exigu, et soucieux du bien-être physique et moral de mon aide-ménagère embauchée en juin 2009, je lui pris une chambre au foyer, proche de ma maison. La directrice était alors une jeune religieuse,  souriante, affable, gentiment ferme, instruite, dont le visage reflétait cette grâce divine qui lui a permis de prendre l'habit avec toutes les richesses spirituelles de cette vocation.
Le foyer disposant d'une cuisine vaste et accessible, l'aide-ménagère put s'adonner à son passe-temps favori : faire la cuisine. Elle offrait donc de temps en temps de ses bons gâteaux à la directrice, aux autres sœurs et aux locataires, dont une sœur à la retraite pour laquelle elle avait une affection particulière et qui le lui rendait.
Hélas, au bout de quelques mois, une remplaçante fut nommée. Hélas, non parce qu'elle était bien plus âgée, mais parce qu'elle affichait une mine sévère. Après un certain temps, l'aide-ménagère préféra loger chez ma mère et moi durant la semaine, et en fin de semaine au foyer, donc de 4 à 6 jours par mois.
Un jour,  la voyant soucieuse, j'insistai pour qu'elle m'en donne la raison. J'appris ainsi qu'elle avait été rabrouée par la nouvelle directrice qui lui reprochait de
« dépenser trop de gaz butane ». J'expliquai à la directrice que, étant donné que je paie un loyer mensuel pour 4 ou 5 jours, le foyer était  toujours bénéficiaire. Elle en prit ombrage et garda rancune. Quelque temps après, elle signifia à l'employée de maison qu'elle désirait me parler. « Venez voir ce que j'ai découvert dans sa chambre », me dit-elle au téléphone (il paraît qu'elle a le droit d'entrer avec le double dans les chambres lorsqu'elle le désire !). « Quoi donc ? » lui demandai-je. « Je ne puis vous le dire au téléphone, mais trouvez-lui une place ailleurs. » Mon sang se glaça. « C'est peut-être le petit réchaud et la petite bouilloire que je me suis achetés », me dit l'employée, qui se rendit au foyer avec moi. De fait, la religieuse m'accueillit par cette remarque: « Vous vous rendez compte ? Elle a transformé sa chambre en cuisine. » « Ma sœur, est-ce que ça mérite un renvoi du foyer ? Vous pouviez nous donner un avertissement. J'aimerais la garder chez vous parce que c'est un endroit sûr. Pardonnez-lui pour cette fois. » Mais elle me débita une série de raisons qui n'en étaient pas : incapacité de communiquer (elle pouvait le faire avec moi), rapporteuse (mon employée trouve que tout le monde est gentil, donc c'est l'incident de la cuisine), désordre de sa chambre, photos de sa famille sur les murs (décrépits). « Vous me répétez que vous payez le loyer d'un mois pour 4 ou 5 jours, alors que nous, on a fait vœu de pauvreté (et celui d'amour et de charité, alors ?) » conclut-elle. Non, je ne peux plus la garder ici ! D'ailleurs, je vais faire la même chose avec une autre étrangère. Vous avez deux semaines pour quitter. »
Je me dis que la vraie raison de ce courroux est qu'elle avait pris en grippe mon employée. Nous prîmes alors le gros de ses affaires. Cinq jours plus tard, elle appelle la pauvre fille pour lui dire de passer prendre ce qui reste de ses affaires parce qu'elle allait louer la chambre. Et les deux semaines de préavis ? « Deux semaines si elle dort
ici », fut la réponse.
Quel crime impardonnable a commis cette employée, qui mérite un tel châtiment ?
Non, l'habit ne fait pas la nonne.
Dans une ruelle calme d'Achrafieh se trouve un foyer pour jeunes filles dépendant d'un couvent de religieuses. Comme mon domicile est exigu, et soucieux du bien-être physique et moral de mon aide-ménagère embauchée en juin 2009, je lui pris une chambre au foyer, proche de ma maison. La directrice était alors une jeune religieuse,  souriante, affable, gentiment ferme, instruite, dont le visage reflétait cette grâce divine qui lui a permis de prendre l'habit avec toutes les richesses spirituelles de cette vocation.Le foyer disposant d'une cuisine vaste et accessible, l'aide-ménagère put s'adonner à son passe-temps favori : faire la cuisine. Elle offrait donc de temps en temps de ses bons gâteaux à la directrice, aux autres sœurs et aux...
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