J'ai lu d'abord l'avant-propos du livre, et j'ai tout de suite mordu à l'hameçon et poursuivi la lecture d'un trait, et de bout en bout, tant le style d'Alexandre Najjar est souple et attrayant, et tant l'histoire elle-même de cet Enfant terrible est passionnante et édifiante. En fait, c'est l'histoire occultée d'un combat national et professionnel qui a marqué cette époque et placé dès 1921 les jalons d'une longue marche pour la souveraineté et l'indépendance du Liban qui, on le constate rétrospectivement, a pavé la voie à la déclaration officielle de cette indépendance en 1943.
Cet ouvrage montre combien l'histoire est réellement un perpétuel recommencement. Il y a toujours des hommes de foi et de courage qui se rebellent et qui se battent en faveur d'un idéal ou d'une cause, nonobstant les obstacles et les menaces ou la conjoncture et les événements qui se bousculent en permanence.
Le 1er mai 1921, Michel Zakhour écrit dans le premier éditorial de son nouveau journal, al-Maarad : « Il incombe au journaliste de s'insurger contre toute forme d'injustice... et de s'élever contre tout acte qui porterait atteinte à l'intérêt du peuple... ». Et de terminer son article par cette réflexion : « Si la plume du journaliste n'était pas coupée de l'arbre de la liberté... ses écrits ne seraient que faux témoignages. »
Tout au long de sa courte carrière professionnelle et politique, Michel Zakhour a tenu parole : lutte contre la corruption, contre les politiciens véreux et... contre le haut-commissaire français lorsque celui-ci se montrait irrespectueux des intérêts supérieurs du Liban et de l'honneur des Libanais. Comme s'il faisait déjà allusion, et avant le temps, à tous les autres « hauts-commissaires » qui se sont succédé au Liban jusqu'à la révolution du Cèdre en 2005.
Précurseur de cette révolution et ses grands principes, L'Enfant terrible semblait inspirer le discours de Gebran Tuéni lorsqu'il écrivait : « Nos martyrs dorment côte à côte... chrétiens et musulmans... Puissent-ils demeurer toujours étroitement unis pour assurer l'existence, la grandeur et la gloire de la patrie commune. »
Ce livre est un véritable cours d'histoire sur une période qui mériterait d'être visitée attentivement. On dirait les mêmes problèmes, y compris avec la Syrie que Michel Zakhour évoque constructivement, avec lucidité et sagesse. Et la disparition prématurée de ce journaliste-député-ministre nous rappelle tragiquement des événements plus récents.
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt ce remarquable ouvrage d'Alexandre Najjar et je le garde comme référence sur ma table de travail.


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