Les ennemis de notre pays ne feraient pas mieux, ceux-là mêmes que nos grands braillards fustigent à longueur de journaux télévisés, dans la presse quotidienne et ces shows nocturnes sur le petit écran où chacun y va de son chapelet d'insultes qu'un charretier n'oserait pas prononcer.
Inspirés sans doute par ces programmes télévisés malheureusement bien cotés à l'heure actuelle et où les invités rivalisent de grivoiserie, nos hommes politiques, ne voulant pas être en reste, montrent à ces intrus de quel bois ils se chauffent. Mais l'élève, dans ce domaine, ne dépassera pas le maître.
Un prêté pour un rendu, les défis fusent de toutes parts, les réponses acerbes ne se font pas attendre, les qualificatifs aux couleurs bigarrées non plus, l'espionnite aiguë s'installe. Encore heureux que les accusations de traîtrise restent contenues mais, qui sait, de là à généraliser il n'y a qu'un tout petit pas à franchir.
Si tu n'es pas de mon avis, tu es immanquablement à la solde de l'ennemi... Encore faut-il cerner les contours de cet ennemi, car dans notre pays tout est relatif, et il n'est pas dit que l'ami de mon ami est mon ami, ou que l'ennemi de mon ennemi soit mon ami.
Enfantillages certes, mais n'est-il pas vrai que nous prenons désormais les hommes politiques censés nous gouverner pratiquement au berceau ? Dès lors, pourquoi s'en étonner outre mesure ?
Loin, très loin que nous sommes du doigté, de la finesse, du savoir dire et faire de ces anciens qui, en dépit de leurs divergences affichées, de leur animosité qui n'étaient somme toute que de surface, sont restés drapés dans la dignité, refusant toute concession à la vulgarité.
Dans leur entendement, il ne fallait pas atteindre le point de non-retour, l'ayant frisé en 1958, puis bis repetita en 1975, s'il y avait un vainqueur c'était le Liban et le vaincu serait uniquement ce bon peuple qui y vit.
Ils sont partis, le seul spectacle qu'ils ont donné, peut-être à leur corps défendant, c'était au moment de leurs obsèques, mais pourquoi revenir sur des périodes scabreuses ?
Tout simplement, parce que l'avenir repose sur l'expérience du passé. Rien ne se perd, rien ne se crée, certes, et nul n'est éternel. L'innovation pour l'innovation est fortement nuisible, sinon préjudiciable ; de plus, il a été prouvé tout au long des années passées que personne ne peut s'imposer aux autres et encore moins par la force amener tout le pays à ses vues.
Cela ne fait que renforcer dans son entêtement la partie non adverse, mais d'en face, car il n'est pas permis de voir des adversaires ayant la même identité nationale, sur un même sol, envenimer le débat et, à Dieu ne plaise, allumer pour de bon la mèche de la discorde, tant il est vrai que les pyromanes sont sur le qui-vive, prêts à tout.
En démocratie, il n'existe pas de loi du nombre, pas plus que le dirigisme aveuglément communautaire qui s'est imposé à nos mœurs politiques, dont l'issue se traduit par le blocage systématique des institutions.
À quelles batailles homériques nos ministres ont-ils dû se livrer pour faire passer une loi ou un projet qui serait d'intérêt général, alors que ce gouvernement a été baptisé d'union nationale ? Les exemples foisonnent, mais en attendant les résultats sur le plan social sont moins que timides.
Associer une trentaine de personnages intrinsèquement montés l'un contre l'autre dans un gouvernement censé d'un seul allant diriger le pays, quelle lubie ! Où est la démocratie ? À qui ces gens vont-ils rendre des comptes ? Qui leur accordera un satisfecit ou les sanctionnera sachant qu'ils sont le clone parfait de l'Assemblée nationale ?
De la démocratie, rien ne reste, sauf ces malencontreuses joutes verbales à tout point malvenues en cette saison estivale, et s'il est vrai que la trêve des confiseurs a généralement lieu à Pâques ou à la Trinité - que sais-je ? - qu'il en soit ainsi ! Décalons-la pour cet été.
Que les touristes profitent pleinement de la beauté de notre pays, et que les politiques prennent et nous donnent quelques jours de congé. Nous le méritons amplement.


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