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Liban

En espérant qu’un jour le code de la route sera respecté...

Il est deux heures du matin sur le ring Fouad Chéhab dans la nuit de vendredi à samedi.
Vendredi soir, le ministre de l'Intérieur Ziyad Baroud avait promis qu'on verrait dorénavant monts et merveilles sur les routes du Liban et que les lois seraient désormais respectées.
Et faisant confiance à mon flair ce soir-là, je me dis que ce sont des gens comme moi que les gendarmes vont arrêter. Des personnes qui ne grillent jamais un feu rouge, qui ne conduisent jamais sans avoir mis leur ceinture de sécurité, qui ne franchissent jamais une rue en sens inverse, qui ne doublent jamais à droite, qui ne font pas d'excès de vitesse... Bref, des gens qui rêvent l'inaccessible, qui rêvent de vivre dans un pays où l'on respecte les règlements et les êtres humains.
Mais j'ai le malheur, oui le malheur, d'être blonde, d'avoir un grand sourire. Et les gendarmes étant des hommes...
Donc dans la nuit de vendredi à samedi, à deux heures du matin, un gendarme m'arrête sur le ring Fouad Chéhab. Je conduis à 60 à l'heure. Il me dit de me ranger à droite, je m'exécute, même si je ne comprends pas pourquoi. Un peu plus tard, je constate que la police que nous payons de nos taxes de contribuables est en train de faire des PV pour excès de vitesse. Je suis certaine que je faisais moins de 60 à l'heure, car j'ai le mal des hauteurs et une peur bleue des ponts, le ring étant un pont... Les gendarmes ne veulent rien entendre et n'ont fourni aucune preuve tangible que je faisais de la vitesse.
Je proteste, le gendarme dit qu'il m'arrêtera si je parle encore. Je lui conseille de me faire un alcootest, je lui dis qu'il me retire mon permis, qu'il me confisque ma voiture, qu'il m'arrête pour conduite en état d'ébriété... soulignant que je suis certaine de n'avoir pas dépassé les 60 kilomètres/heure.
Le gendarme me répond que pour les alcootests, c'est à Béchara el-Khoury qu'il y a un barrage et que si je ne le crois pas, je peux appeler le 112. J'appelle le 112, je dis que je suis journaliste, que je voudrais prendre des photos s'il y a un barrage avec alcootest. À l'autre bout de la ligne, un policier endormi me répond que les alcootests n'ont pas été prévus... ce que je rapporte au gendarme devant moi qui répond : « On ne fournit pas ce genre d'informations aux civils... »
Bref, on me confisque mon permis et on me fait un PV pour excès de vitesse que je n'ai pas mérité. On m'informe que je retirerai mon permis en payant le PV... C'est maintenant moi qui contribue encore, injustement, à renflouer le Trésor en ayant le sentiment d'avoir été arnaquée. Je pense à mes autres concitoyens, qui ne paient pas de taxes ou les abonnements de l'électricité, qui n'ont pas de barrage de gendarmes dans leur région car il faut préserver la paix civile... Je fais remarquer cela au policier devant moi, qui me menace de prison si je continue à parler.
Mais je ne veux pas m'énerver... Au croisement de la SNA, à deux cents mètres du barrage de la police, trois voitures devant moi grillent le feu rouge. Personne ne les arrête. Elles poursuivent leur chemin.
J'ai un sourire amer ; je pense à mon amie Liliane Atallah qui a péri il y a un peu moins d'un mois alors que deux chauffards se faisaient la course sur l'autoroute de Jbeil en plein jour. Ils avaient percuté sa voiture, elle avait péri sur-le-champ. Je pense aux deux jeunes sœurs Nassif mortes à Dora jeudi dernier parce qu'un automobiliste avait grillé le feu rouge et je pense surtout au plan d'action de Ziyad Baroud tel qu'il l'a exposé vendredi soir à la télévision. Certes, M. Baroud affiche toute sa bonne volonté dans ses interventions médiatiques, mais les mesures annoncées jusqu'à présent se sont avérées, pour l'heure, totalement inefficaces. Et pour cause : afin que les gens cessent de mourir sur les routes, des mesures autrement plus radicales et sérieuses sont nécessaires, dont notamment, à titre d'exemple : considérer les violations du code de la route comme un délit ; imposer de lourdes peines de prison pour homicide involontaire à ceux qui tuent du fait d'un excès de vitesse ; appliquer l'usage du permis à points ; installer des radars dans les zones dangereuses ; prévoir des alcootests presque dans tout le pays ; assurer une formation adéquate aux agents de la circulation (pour ce qui a trait, entre autres, à leurs rapports avec le citoyen...) ; placer des barrages sur les grands axes routiers, et non seulement dans le Beyrouth administratif, dans les lieux où il y a le plus d'accidents... C'est alors que l'on pourra arrêter d'avoir peur, tous les jours, de mourir sur les routes.
Il est deux heures du matin sur le ring Fouad Chéhab dans la nuit de vendredi à samedi.Vendredi soir, le ministre de l'Intérieur Ziyad Baroud avait promis qu'on verrait dorénavant monts et merveilles sur les routes du Liban et que les lois seraient désormais respectées.Et faisant confiance à mon flair ce soir-là, je me dis que ce sont des gens comme moi que les gendarmes vont arrêter. Des personnes qui ne grillent jamais un feu rouge, qui ne conduisent jamais sans avoir mis leur ceinture de sécurité, qui ne franchissent jamais une rue en sens inverse, qui ne doublent jamais à droite, qui ne font pas d'excès de vitesse... Bref, des gens qui rêvent l'inaccessible, qui rêvent de vivre dans un pays où l'on respecte les...
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