Mgr Mamberti : L’individu chrétien lui-même doit être pénétré de ses propres obligations.Photo Émile Eid
Le Liban n'est plus un pays livré à la guerre, se félicite d'emblée le prélat, ajoutant : Quand on revient ici et que l'on constate qu'en dépit de tant de violences et de destructions la vie a refleuri, on ne peut qu'être frappé ; et même s'il continue de connaître des circonstances parfois délicates, c'est davantage dans une perspective régionale qu'est désormais considéré votre pays. Et compte tenu du fait que le Moyen-Orient constitue un des principaux motifs de préoccupation de Rome, poursuit-il, le Liban figure au cœur de l'action diplomatique vaticane.
Bien que nantie, comme on sait, d'une grande autorité morale, celle-ci est-elle vraiment en mesure d'avancer des idées nouvelles en vue de faire progresser les efforts de paix dans cette partie du monde ? Certains thèmes précis, répond Mgr Mamberti, ont déjà fait l'objet de propositions, émanant non seulement de la secrétairerie d'État, mais aussi d'académies et autres organismes relevant du Saint-Siège. Mais en définitive ce n'est pas particulièrement là notre rôle, et nous nous faisons surtout l'écho des préoccupations de nos communautés, comme nous ne cessons de plaider pour les principes défendus par Rome, notamment ceux de justice et de liberté de croyance.
Le chef de la diplomatie vaticane ne cache pas à ce sujet son inquiétude quant à la situation des communautés chrétiennes dans plus d'un pays de la région : inquiétude amplement exprimée d'ailleurs dans le document préparatoire du prochain synode. Nous avons dit et répété, souligne-t-il, que le départ des chrétiens est facteur d'affaiblissement pour tous, et pas seulement pour cette communauté. C'est dans cette région qu'est né le Christ, et un tel exode affecte profondément la pluralité et le dialogue.
La préoccupation vaticane ne se limite pas au demeurant à certains pays musulmans, et le secrétaire pour les relations avec les États évoque les nombreuses interventions et actions en faveur des chrétiens et des sites sacrés en Terre sainte : lesquelles démarches, précise-t-il, étaient menées tant dans le cadre des contacts bilatéraux que des organisations internationales. La diplomatie papale, c'est avant tout le pape lui-même qui la conduit, insiste Mgr Mamberti, et le récent voyage de Benoît XVI en Terre sainte n'était pas seulement un pèlerinage. Tant de fois le Vatican a répété que les lieux saints, tant musulmans que chrétiens, ne doivent pas être relégués au rang de musées que viennent visiter les touristes. Cette revendication ne se limite pas d'ailleurs à la liberté d'accès des fidèles, mais elle a trait aussi au maintien de la présence des populations autochtones et de leurs foyers à proximité de ces sites.
Quid du Liban, menacé dans son unique diversité culturelle par l'émigration continue des chrétiens ? Ce triste exemple d'un pays que quittent ses forces vives est aussi un des thèmes majeurs du prochain synode, note Mgr Mamberti, remarquant qu'il y a là un gros effort à déployer pour offrir aux jeunes candidats au départ la possibilité de demeurer sur place, de se bâtir un avenir, de fonder une famille. Les églises locales s'acquittent-elles totalement de cette tâche ? La question est complexe et ne saurait être réduite à son seul aspect matériel, répond le prélat ; et de surcroît, les églises ne sont pas seules à devoir assumer la responsabilité d'un tel support matériel car l'entreprise nécessite un gros effort de toute la communauté chrétienne, notamment de ses membres les plus fortunés.
Reste le plus important, conclut Mgr Mamberti : l'individu chrétien lui-même doit être pénétré de ses propres obligations : être chrétien en Orient est aussi une vocation entraînant des responsabilités envers son pays, sa région, envers les chrétiens du monde entier...


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