Nos enfants de 15 ans ont été les témoins stupéfaits et même les otages non consentants d'un État délinquant, impuissant, qui les a jetés sans aucun scrupule dans les eaux troubles et nauséabondes de la triche et de la corruption.
C'est un État aux abois qui a raté avec maestria son premier rendez-vous avec sa jeune génération... Cette confrontation, qui aurait dû être synonyme de respect, de probité, d'égalité des chances, de mise en valeur des notions de travail et d'effort, qui aurait dû être un premier test de citoyenneté, a au contraire été un espace sordide où on leur a inculqué avec brio le concept belliqueux de la triste loi de la jungle.
État bafoué, État bananier où toutes les composantes de la hiérarchie se sont rendues complices d'un crime organisé : celui de discréditer aux yeux de nos enfants encore innocents et idéalistes l'autorité de l'État et de leur apprendre à fouler allègrement, et ce dès leur plus jeune âge, tous les principes qu'on a mis quinze ans à leur enseigner.
« Trichez si vous voulez, mais faites-le en silence. » « Je vous amène le corrigé, mais à mon signal, arrêtez car un contrôleur pourrait débarquer. » Voilà quelques perles burlesques émises par des surveillantes peu inspirées qui, au lieu d'encadrer scrupuleusement nos enfants, et leur assurer une ambiance paisible et sereine pour travailler, les a rendus complices de leur stupidité, et de leur manque de civisme et de responsabilité.
Le plus ubuesque dans cette affaire est l'insistance de l'État à garder dans son programme du brevet officiel le cours dit d'éducation civique, et en arabe s'il vous plaît. Cours difficile à la phraséologie complètement dépassée, véritable torture de l'esprit, gymnastique cérébrale complexe, que nos enfants finissent par ingurgiter vaillamment. Un cours censé introduire les enfants aux valeurs de la République et vanter, et même sublimer les principes d'égalité, de travail et de mérite, et non cautionner la triche, la magouille, la corruption et surtout... l'impunité.
Bien sûr, ma génération a été confrontée à des examens officiels qui manquaient douloureusement de probité et de sérieux, mais la guerre sévissait alors, et l'État, démembré et amputé de tous ses moyens, trouvait dans le simple déroulement de ces examens un réel exploit administratif et socio-éducatif. Mais ce temps est révolu et il est inconcevable qu'une nation qui se respecte puisse imposer à sa jeunesse une image si indigne et dégradante de ses failles, de ses contradictions et de son impuissance. Comment leur faire prendre conscience durablement et définitivement de la notion de l'esprit citoyen si nous nous évertuons, dès leur plus jeune âge et alors qu'ils n'ont rien demandé, à saper le prestige de l'autorité de l'État, et à dénigrer et détruire sous leurs yeux les fondements de l'éthique en dédouanant la triche et la corruption ? C'est un très vilain exemple que nous leur proposons à l'aube de leur vie de citoyen et qui pourrait servir de tremplin à d'autres dérives au cours de leur vie d'adulte.
Pourquoi insister si farouchement à faire ces examens si les instances qui en sont responsables sont incapables de les mener à bien et les transforment allègrement en un haut lieu indigne de la fraude ?
Alors, Messieurs les Responsables, ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur en tête, un grand, très grand défi vous attend. Celui de réhabiliter l'honneur de notre système éducatif. De grâce, redorez le blason de nos épreuves officielles, sinon supprimez-les ou bien rendez-les optionnelles à ceux qui choisissent une filière technique. Réparez les erreurs, comblez les failles, serrez les vis, augmentez les effectifs si nécessaire, sanctionnez les fraudeurs à toutes les échelles (élèves, contrôleurs, surveillants), arrachez les mauvaises herbes... C'est l'un des rares domaines où ni l'Iran, ni la Syrie, ni les armes du Hezbollah, ni les Palestiniens dans et hors des camps, ni même le 14 et le 8 Mars avec leurs gesticulations médiatiques n'ont leur mot à dire. Alors, profitez-en, bon sang ! Et redonnez du lustre à un secteur qui en avait jadis et qui était pionnier dans la région, et ce à tous les niveaux. Vaste chantier à méditer et dont la réussite serait gratifiante car l'État en sortirait grandi et, de grandeur, on a furieusement besoin ces temps-ci. Vaste programme civique et éducatif sur lequel il va falloir plancher. Il est de votre devoir, Monsieur le Ministre, de vous y atteler le plus rapidement possible et de donner l'exemple en nous rendant une copie des plus irréprochables.
Et... sans tricher, s'il vous plaît.

