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Nos lecteurs ont la parole

Le ridicule du foot

Muriel MOUBARAK
Ces jours-ci, les conversations, les intérêts et le passe-temps tournent autour de la Coupe du monde de football. Un sport qui ne m'a jamais attirée, même enfant. Je ne vois pas trop pourquoi on devrait courir derrière un ballon. En général, je regarde la finale, pour l'amour du geste. Mais je comprends tout à fait les fans, cela peut être divertissant. Et, pour nous, défoulant. Oui, nous les Libanais. Bizarrement, cette Coupe du monde 2010 suscite des critiques, des débats. D'abord le « Jabulani », ballon officiel conçu spécialement par un fabricant connu qui, apparemment, est plus rapide que les autres, donc plus imprévisible pour les joueurs. Mais le bon côté, c'est qu'il existe peut-être un petit espoir que les enfants ne sont pas mis à contribution pour fabriquer ces magnifiques ballons. En 1996, les médias avaient fait scandale en révélant que des milliers d'enfants, particulièrement de l'Inde et du Pakistan, cousaient à la main 80 % des ballons de football vendus dans les pays « civilisés ». Et depuis quatorze ans, les efforts n'ont pas permis de mettre fin à cette hypocrite réalité. Les plus cruelles réalités prennent le plus de temps à disparaître, c'est ainsi.
Et puis il y a le vuvuzela, cette sorte de trompette dans laquelle les supporters soufflent à tue-tête, déconcentrant les joueurs et dérangeant les spectateurs non sud-africains, avec son bruit assourdissant pour les oreilles délicates. Après tout, c'est un phénomène culturel lié au pays de Mandela, au pays d'accueil de cette compétition. Pourquoi pas un peu de folklore, de tradition, de multiculturalisme, de chaleur ?
J'ai décidé donc, en cette période festive, de me promener dans les rues de la capitale, chose que je fais rarement. Beyrouth est toute bariolée ! Toutes les couleurs et formes de drapeaux traînent partout. Tout genre, tout type, carré, rectangulaire, immense, moins grand. Des drapeaux sur les voitures, les camions, aux balcons, sur les poteaux, à l'entrée des supermarchés, des magasins. J'ai même vu des voitures peintes tout entières aux couleurs de l'Argentine ou du Mexique... Et ces marchands sur les trottoirs qui hurlent le nom d'un pays, « França, Almanya, Brazil ». Dans certains quartiers, le soleil ne pénètre plus, vu la dimension de ces tissus suspendus d'un immeuble à un autre. Vous êtes donc à l'ombre. Par contre, le drapeau rouge et blanc avec au cœur un cèdre se fait timide, quand il n'est pas absent en ces temps de sport. Les restaurants et bars ont installé des écrans géants, avec pour seul thème de soirée, le foot. Il y a même ces cafés où dès votre arrivée, un jeune serveur, énorme sourire aux lèvres, vous propose de donner un score précis pour les deux équipes adversaires qui vont s'affronter dans un petit moment et, si vous devinez juste, vous ne payez pas l'addition, « it's on the house » !
Jusque-là tout est « normal », conforme aux règles sociales. Mais ce qui m'étonne, ce sont ces voitures et motos qui, avant le début de chaque match, roulent dans les rues en klaxonnant, leurs passagers s'interpellant d'une auto à l'autre avant de squatter la place pour le reste de la nuit, comme s'ils étaient les seuls habitants de cette ville, seuls habitants de cette vie. Il y a aussi ceux qui font la fête à la fin de chaque rencontre, invectivant à voix haute des copains, des voisins, des inconnus. Ou bien ces feux d'artifice bruyant qui illuminent le ciel chaque soir et ces tirs après chaque but enregistré. Ou même cet entrain des Libanais, le même qu'ils éprouvent pour leur leader politique, quand ils se bagarrent, se disputent, s'entre-tuent... Rappelons-nous les années 80 et ces nuits de guerre, quand le cessez-le-feu était décrété pour cause de Coupe mondiale de football. Ces soirs-là, on ne s'entre-tuait pas, on regardait la télévision !
Moi, ce qui me fascine le plus, c'est cet accès de colère populaire qui, en un clin d'œil, se manifeste. Aimons-nous tellement l'exagération, le drame ? Ou bien tombons-nous dans le ridicule que nous ne sentons plus, puisque nous sommes dedans ? Comme dans toute chose lorsque nous devenons aveugles. Le ridicule du foot aujourd'hui, un autre ridicule, hier ou demain. Et peu importe la raison.

Muriel MOUBARAK
Ces jours-ci, les conversations, les intérêts et le passe-temps tournent autour de la Coupe du monde de football. Un sport qui ne m'a jamais attirée, même enfant. Je ne vois pas trop pourquoi on devrait courir derrière un ballon. En général, je regarde la finale, pour l'amour du geste. Mais je comprends tout à fait les fans, cela peut être divertissant. Et, pour nous, défoulant. Oui, nous les Libanais. Bizarrement, cette Coupe du monde 2010 suscite des critiques, des débats. D'abord le « Jabulani », ballon officiel conçu spécialement par un fabricant connu qui, apparemment, est plus rapide que les autres, donc plus imprévisible pour les joueurs. Mais le bon côté, c'est qu'il existe peut-être un petit...
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