Si je me permets d'évoquer sa mémoire, c'est parce que j'ai eu le privilège de travailler brièvement avec lui et surtout de le côtoyer de manière épisodique et néanmoins intense intellectuellement, durant ces vingt dernières années à Paris. Ma rencontre avec lui a été un point de départ, dans mon parcours professionnel et intellectuel, et surtout, il demeure pour moi une véritable référence. Son ouvrage Le Liban, histoire d'un peuple (Dar el-Makhchouf 1965) est un précis d'histoire de l'antiquité à nos jours, qui établit et affirme dans la continuité l'identité libanaise.
J'ai toujours apprécié le côté méthodique de sa démarche, sa dimension émotionnelle que sa raison parvenait à structurer, son sens aigu de l'engagement. Adel Ismaïl était un grand personnage qui avait l'humilité et la fierté des êtres savants et croyants, fidèles et libres. Cette quête de l'absolu relatif faisait que son interlocuteur était amené à donner le meilleur de lui-même, à se hisser au niveau de son idéal, à se dépasser. Sa grande exigence professionnelle et intellectuelle n'enlevait rien à sa grande générosité humaine et à son esprit de tolérance. Même s'il pouvait parfois, comme tout être passionné, paraître paradoxal, dialectique, voire même contradictoire. C'est la difficulté de tout être de réflexion qui se trouve, du fait des circonstances, contraint de devenir un être subjectif d'action, donc de sacrifier la distance critique, à l'urgence de la conquête du terrain et de la négociation. Certes, Adel Ismaïl fut un homme politique et de pouvoir, mais il demeura toute sa vie un fervent défenseur de la formule libanaise et il gardait profondément ancré en lui un immense et unique amour : celui du Liban éternel, de sa cause, de son identité et de son histoire.

