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Nos lecteurs ont la parole - Humeur

Ringardos… absternerse !

Par Nahi LAHOUD
« Un mot, ça va, ça vient, ça s'en va et ça revient, c'est fait de tout petits riens, ça se chante, ça se danse, ça revient, ça se retient comme une chanson populaire » (selon Claude François).
Ce mot, le voilà partout, sur toutes les langues, à toutes les sauces. Et, puis la mode qui le porte, le remporte. Et ce mot, devenu demi-solde, porte la mention infamante de
« vieilli ». Pour l'heure, le mot qui exprime toute cette révolution vocabulaire, c'est « ringard ». C'est un adjectif de premier plan substantif dans le coup, qui se fait furieusement verbe (se ringardiser). Ringard qui se pousse du col aujourd'hui est pourtant de modeste
origine. Le dictionnaire est formel : « Ringard, du wallon ringuèle. Outil utilisé pour activer la combustion sur une grille. »
Hier encore on disait
« il est à côté de ses
pompes ». Plus distingué « archaïque », ou encore « has been »,
« out », et accessoirement « loser ». Aujourd'hui, tout est ringard. C'est l'injure qui fait rage. Pas « branché » s'abstenir. Car branché c'est le contrario de ringard (qu'en pense La Palisse ?). « Moderne », « dans le vent », « chic ». En Amérique, un homme à la page est « cool and groovy ». Ne sont épargnés que les prolétaires, les anarchistes. Le ringardisme, c'est du pur produit bourgeois. La nouvelle cuisine japonaise, thaï, etc. c'est du branché. Les bijoux, les fourrures, ça fait kitsch, mais c'est du ringard. L'orgueil, la radinerie, la pudibonderie, c'est ringard, l'exhibitionnisme, le concubinage, l'homosexualité, c'est branché ! On est toujours le ringard de quelqu'un. « En tout cas, moi, me dit une amie, j'ai mes ringards qui ne seront pas forcément les tiens. Moi je suis viscéralement ringarde par rapport aux gens qui vont en boîte. Mais, si je vais chez un paysan de la Békaa, je serais aussi ringarde avec mon vernis à ongles et mes talons aiguilles. Les ringards, c'est toujours les autres. »
On distingue les ringards ordinaires (presque tout le monde) et les ringards en
« béton ». C'est facile de dauber sur les ringards en béton armé comme Geagea ou Souhaid. Mais il y en d'autres tout aussi croustillants comme Joumblatt et Wahhab, des arabisants branchés. Être révolutionnaire dans les années 70, cela avait un avant-goût exotique. Aujourd'hui, c'est complètement désuet. Le ringard est un monsieur qui a peut-être eu du génie, mais qui ne tourne pas assez vite au carrousel des modes. Dans la compétition à la télé, le politique et l'artiste ont en commun de s'essouffler dans un « jogging » désespéré.
Pourtant, c'est chez les concurrents de la course au pouvoir qu'on rencontre le maximum de ringards. Tel qui traite son adversaire d'archaïque sera un jour son loser... Tel qui lance un tube vidéoclipé aujourd'hui fera le lendemain un bide et autour de lui le vide. Et inversement. Voici par exemple notre Haïfa nationale (made in koullouna). Elle est belle, c'est une vamp révolutionnaire, bien branchée. Un ringard cesse de l'être lorsqu'il est récupéré par des superbranchés. Salut à Ziad Rahbani, à son humour et à ses chansons branchés sur du triphasé. Il est toujours
« in », mais « out » of the record.
Finalement, me dit un type « embranché », le ringard est un type seul, vaniteux. Un handicapé physique et moral cumulé. Un mec qui a de la créatinine dans la cervelle et de l'urée dans les méninges. Un illuminé qui se donne une plus-value qu'il n'a pas. Et puis, il y a le séducteur rétrograde patenté. Il parle trop. Il se vante d'avoir été l'amant, « l'animal » de Brigitte Bardot. Si sa femme a pu le supporter, elle est devenue son « supporter ». Le ringard a souvent connu la célébrité. Regardez par exemple ma femme, Salwa Katrib. Oubliée pendant cinq ans, puis de nouveau encensée parce qu'elle est partie à pas feutrés, parce qu'elle a quitté ce monde branché, sur haute tension.
« Un ringard, pour moi, dit une pimbêche speakerine, c'est un maniaque sexuel. L'équivalent féminin, c'est une fille qui te demande : "comment vas-tu ma chérie" alors qu'elle te déteste. » Mon ami Jean-Claude Boulos (homme raisonnablement « branché ») me confie : « Nous sommes en pleine décadence depuis 1990. Les gens les plus fortunés croient chic de se conduire en rustres. Ils ont perdu les manières qui leur permettraient de soutenir leurs prétentions. » Alors dites-moi où sont les ringards ? Du côté des riches qui jouent les mufles ou du côté des petits-bourgeois qui singent les riches et se damneraient pour faire partie des amis de Rima Fakih, la nouvelle Miss USA ? « We miss you dear Rima », semblent-ils l'interpeller.
On est vraiment branché quand on va faire la fête à Gemmayzé où il est recommandé de faire voir sa grosse voiture chromée (à l'image de son Q.I.), avant de déposer sa nana devant la porte d'un nite. Pour certains nostalgiques débranchés, le Downtown de Solidere est devenu le ringard de Gemmayzé ! Alors là, pour latiniser notre vocabulaire, on est franchement « ringardos ». Dans ce cas, qui en rééchappera ? L'informatique, les modes, les vocabulaires vont à la vitesse de la lumière (si lumière il y a encore dans les centrales de ce cher Gebran). Les mieux branchés aujourd'hui seront englués bientôt dans les marais du ringardisme. En 2010, celui qui veut être dans le coup (sans recevoir de coups) est submergé par les nouvelles, les rumeurs et les modes. Il s'épuise à poursuivre sans cesse la dernière embarcation dans une brasse pathétique. Et déjà, on annonce dans les milieux informés que le mot ringard va faire place à un nouveau mot : « cretinus ». Alors débranchez vos prises... de position, et ringards s'abstenir.
« Un mot, ça va, ça vient, ça s'en va et ça revient, c'est fait de tout petits riens, ça se chante, ça se danse, ça revient, ça se retient comme une chanson populaire » (selon Claude François).Ce mot, le voilà partout, sur toutes les langues, à toutes les sauces. Et, puis la mode qui le porte, le remporte. Et ce mot, devenu demi-solde, porte la mention infamante de « vieilli ». Pour l'heure, le mot qui exprime toute cette révolution vocabulaire, c'est « ringard ». C'est un adjectif de premier plan substantif dans le coup, qui se fait furieusement verbe (se ringardiser). Ringard qui se pousse du col aujourd'hui est pourtant de modeste origine. Le dictionnaire est formel : « Ringard, du wallon ringuèle....
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