Dans mon pays si gâté par les dieux et maltraité par les hommes, la nuit est un danger au quotidien. Conduire sur des autoroutes, la plupart du temps sans éclairage, où les conducteurs ont la hantise d'écraser un piéton qui risque de traverser la chaussée, retourner en voiture, après une soirée, avec la menace d'être piégé par un barrage de détrousseurs armés... En Arabie, ces problèmes sont réglés, et la nuit, l'on voit comme en plein jour. Une visite « au pays de l'or noir » est une parenthèse bien agréable, pour une Libanaise venant d'une région au merveilleux climat méditerranéen à une contrée au climat désertique, où les 30 à 38 degrés Celsius sont une température habituelle. Une perpétuelle sécheresse, une atmosphère aride qui empêche de circuler le jour. Pourtant, les habitants continuent de s'accommoder de cette existence, grâce surtout à la facilité de vie que procurent d'honnêtes dirigeants. Effectivement, et malgré une pluviométrie inexistante, l'Arabie ne ménage pas les moyens pour satisfaire une population en croissance continue : collecte et recyclage des eaux usées, dessalement de l'eau de mer, activité de génération d'électricité, etc., autant de projets ouverts au secteur privé. D'autre part, n'est-il pas étonnant que ce pays, premier producteur du pétrole au monde, veuille utiliser l'énergie solaire pour faire fonctionner ses usines de dessalement et adhérer à l'Agence internationale de l'énergie renouvelable (Irena) ?
En dépit de la rigueur des lois du royaume wahhabite, qui applique fidèlement le Coran, les étrangers déferlent dans ce pays pour accéder à un travail bien rémunéré, une monnaie au pouvoir d'achat respectable, avec un rial saoudien maintenu à 3.78$.
Nous savons, hélas, que la société civile de notre pays souffre de la corruption de ses dirigeants. Son potentiel s'expatrie pour survivre. Ici, les 103 483 résidents libanais trouvent une compensation à leurs efforts, tout en contribuant à relever le niveau de vie de leurs familles - que l'État libanais continue d'appauvrir chaque jour un peu plus. Certains trouvent que cette monarchie absolue, qui veille au confort de ses citoyens, n'est finalement pas si désagréable que cela. Quant à nous, fervents partisans de la liberté et de la souveraineté, fiers de notre démocratie (que nous considérons unique dans la région), nous ne sommes pas à l'avant-garde du progrès. Les moyens nous manquent, utilisés par des gouvernants qui, durant longtemps, ont profité de l'État pour s'enrichir et multiplier d'année en année le montant des dettes au pays.
Notre peuple, qui a combattu et souffert pour la patrie, qui s'est investi pleinement pour l'indépendance dans les rues, dans les villes, dans les pays du monde entier, mérite que son gouvernement se préoccupe un peu plus, un peu mieux, de son sort. Le développement devrait avoir la priorité dans l'échelle des valeurs des ministères et prendre le pas sur la politique. Nos politiciens sont comme les derviches tourneurs qui tournent continuellement sur eux-mêmes. À une seule différence : ils n'obtiendront jamais la grâce.


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