Les kidults, comme les nomment nos amis anglo-saxons, font partie d'une des tribus qui sévissent, le plus et dangereusement de surcroît, depuis quelques années. Partout dans le monde. Au Liban, les Libanais sont quasiment tous des adulescents. C'est un truc de dingue. Et que celui qui n'en pense pas moins, me jette la première pierre. On ne peut pas faire plus sale gosse qu'un Libanais. Quels que soient la classe sociale à laquelle il appartient, le village où il vit, le milieu dans lequel il évolue, le Libanais a du mal à grandir. On ne peut évidemment pas le lui reprocher puisque la planète entière a peur de vieillir. L'adulescent est donc cet adulte (genre Beigbeder) qui est resté coincé entre l'adolescence et l'âge auquel il devrait appartenir. En Occident, il s'agit d'une partie de la population, ici, c'est plutôt un phénomène global. Une sorte de trend comme les aiment les Libanais. Si l'adulescent est généralement un jeune trentenaire, chez nous, on englobe aussi les quadras et les quinquagénaires.
Pas difficile donc de reconnaître un adulescent au Liban. Certains codes ne trompent pas. Généralement, ces ados attardés - aussi bien une femme qu'un homme - adorent les séries télé qu'ils regardent en boucle et s'identifient un coup à Lynette ou Bree, un coup à Blair ou Serena de Gossip Girl. Sachant au passage que B. et S. pourraient être facilement leurs filles. On oublie le nombre incalculable de mecs qui se prennent encore pour Jack Bauer, sonnerie du cellulaire incluse. Ils adorent les jeux vidéo et autres gadgets coûteux. C'est papa qui accapare la Wii, maman qui joue à la DS, les deux qui sont sur liste d'attente pour le nouveau iPhone 4 et qui se font piétiner dans la queue pour avoir la première Playstation 3. D'ailleurs, c'est maman qui a réussi à finir tout Mario Bros. La même maman qui arbore un tee-shirt Junk Food avec Miss Little Sunshine dessus. Les petits lisent les Monsieur/Madame et leurs parents les portent sur le buste. Tout comme les tee-shirts à l'effigie de Luke Skywalker, de Princesse Leah ou de Spiderman. Les adulescents adorent ce qui leur rappelle leur enfance. Goldorak, alias Grendeizer, Candy, Chantal Goya ou Abou Salim. Ça s'excite dès qu'on en parle. «Yaaaaaaaay, tu te rappelles?» Et ça mange des Haribos, craque devant des Ghazel el-Banet ou des Ras el-Abed et vante avec nostalgie les Tutti Frutti d'avant. Et dès que les choses vont un peu mal, on s'épanche en murmurant ses déboires avec la voix d'une fillette de 8 ans. C'est que les gamineries sont de rigueur. On bouge en groupe, on sort en groupe, on fait la gueule en groupe et on critique les membres des autres groupes qu'on trouve gravement nuls.
On complote, on potine, on ricane. 12 ans d'âge mental. On parle shopping, clubbing et surtout sakar. Car l'adulescent est peu cultivé mais ultraconsumériste. « J'ai fait la tournée des boîtes, bu deux bouteilles de vodka et j'ai dormi à 7 h du mat après avoir petit-déjeuné chez Zaatar w Zeit. » Qu'on ait croisé les copains de notre fils ou de notre nièce ne sera mentionné nulle part. Ensuite, après avoir passé la journée dans un des jacuzzis de l'Orchid à boire du rosé, on va se faire tatouer, parce qu'on est méga d'jeuns dans la tête. Même à 40 ans. Surtout à 40 ans. Alors on boit, fume, sniffe parce qu'on a toute la vie devant soi... Le syndrome de Peter Pan dans toute sa puissance, marketisé en veux-tu en voilà par les médias. On idéalise l'adulte jeune, qui peut recommencer sa vie, cultive son corps. D'ailleurs, ils sont nombreux à se barrer dès la première crise... d'adulescence. Et après on s'étonne que les gosses de 12 ans, ces nouveaux «enfultes», écoutent les Rolling Stones, lisent Malraux et regardent leurs aînés comme s'ils étaient des demeurés.


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