Le monde, plongé dans une crise sans précédent depuis le plongeon de 1929, a soif désormais de régulation des marchés et des pratiques immobilières, financières ou bancaires. Par bonheur, cette régulation n'a jamais fait défaut au Liban. Bien que lui-même en crise permanente, à cause principalement de son instabilité politique et sécuritaire chronique, ce pays se trouve relativement protégé des secousses planétaires actuelles. Il ne peut évidemment pas en éviter toutes les conséquences, mais en pâtit moins que d'autres.
Cela grâce à la politique constante (depuis les affaires Intra et Ahli) de sa Banque centrale. Ligne renforcée et vivifiée par le présent gouverneur, Riad Salamé, soutenu par le secteur privé, qui a toujours adhéré aux prescriptions faisant barrière à tout aventurisme. Et assurant les arrières, en cas d'accident de parcours, par une réserve de dépôts de précaution. La sage prudence préventive du corps bancaire libanais, officiel et privé, est saluée par l'internationale des finances, Arabes en tête, le président de la Banque mondiale résumant cet hommage unanime lors de sa rencontre avec Salamé à New York.
Depuis plusieurs mois, la dollarisation faiblit, et le billet vert décline face à la livre. Ce qui a permis à la Banque centrale d'améliorer de plus de deux milliards de dollars ses réserves en devises fortes, qui passent à plus de 19 milliards. L'ensemble de son avoir, or et autres biens compris, s'élevait dernièrement à 30 milliards de dollars. Un record qui permet à la Banque centrale, relève Salamé, d'intervenir efficacement sur les marchés, tandis que le montant des capacités monétaires des banques libanaises dépasse les 130 milliards de dollars.
Soucis
Mais ni ce signe indéniable de confiance ni la sérénité bancaire et monétaire du Liban ne gomment les problèmes récurrents découlant de la mauvaise santé politique du pays. Et que le gouvernement, en butte à de continuelles manœuvres d'obstruction, ne parvient pas à traiter vraiment.
Il y a d'abord le superfardeau de plus en plus lourd de l'électricité, dont les pertes s'élèvent à plus d'un milliard de dollars par an. Les propositions de solution abondent, sans qu'il en sorte jamais rien. Pour ce qui est de l'eau, autre souci vital, il y a de l'espoir. Le directeur général de l'exploitation, Fadi Komair, a établi une étude globale prévoyant un réseau de barrages, comme celui de Chabrouh. Sous l'impulsion du président Sleiman, le pouvoir prépare un plan, débutant dans les zones frontalières riches en ressources hydrauliques, pour épargner au Trésor un milliard de dollars.
Cependant, le gouvernement est toujours politiquement empêché de réaliser les réformes prescrites par Paris III et qui conditionnent une bonne partie de l'assistance étrangère, financière ou technique, dont le montant global avoisine les 10 milliards de dollars.
Ce qui est requis, rappelons-le, c'est avant tout l'arrêt du gaspillage, de la gabegie et de la corruption, née, assez souvent, d'une accablante pratique de trafic d'influence et d'une mainmise politicienne sur les rouages de l'administration, au nom du copartage.
Le cabinet, il convient de le souligner, n'a encore rien prévu pour résoudre le problème de l'emploi qui se pose chaque année à quelque 24 000 jeunes diplômés fraîchement émoulus des universités. Et dont bon nombre tentent dès lors d'aller trouver fortune à l'étranger. Alors que bon nombre aussi, travaillant au-dehors, se retrouvent aujourd'hui au chômage du fait de la crise mondiale et vont devoir rentrer au pays.
Il est cependant évident qu'aucune mesure correctrice ou palliative économique et sociale ne peut avoir d'effet positif durable si l'instabilité politique et sécuritaire doit persister.


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