Malheureusement le cas de Philippe n'est pas isolé, des dizaines de patients souffrant d'une défaillance cardiaque terminale viennent s'ajouter tous les ans aux longues listes d'attente pour la transplantation cardiaque.
Depuis 1999 (date de la première transplantation du cœur au Liban), le pays a réalisé des efforts importants dans ce domaine.
En effet :
1) Une loi libanaise réglementant le don d'organes selon l'éthique médicale existe depuis 1983.
2) Toutes les autorités religieuses sont favorables aux dons d'organes.
3) L'organisme national pour le don d'organes et de tissu (NOOTDT) existe, qui régit toutes les campagnes de don d'organes, et contrôle les listes d'attente et l'octroi des organes, selon les meilleures normes scientifiques et éthiques.
4) Nous avons des équipes médicales et chirurgicales d'un très haut niveau qui ont déjà réalisé ce genre d'opérations avec succès.
5) Tous les organismes assureurs étatiques ou privés prennent en charge la transplantation cardiaque au Liban.
6) Tous les médicaments antirejet sont mis à la disposition des malades gratuitement par le ministère de la Santé.
7) Au Liban, le coût de l'opération est relativement bas, entre 20 et 30 000 dollars. À l'étranger, il est de 300 000 euros approximativement, sans compter les problèmes administratifs, le problème de l'accompagnateur et l'éventuelle attente sur les listes à l'etranger.
Mais il est triste de constater que malgré tous les efforts fournis, principalement par NOOTDT et son personnel hypermotivé et dynamique, afin de promouvoir l'utilité et l'importance du don d'organes, les dons restent très sporadiques dans notre pays : un à deux maximum par an.
La transplantation cardiaque est une opération qui a été réalisée avec succès une vingtaine de fois au Liban, mais elle reste victime de la pénurie d'organes. La solution réside dans la modernisation de notre législation dans ce domaine et dans l'adoption d'une nouvelle loi identique à la loi française dite de « Caillavet » (sénateur et grand humaniste français), qui stipule que tout patient en état de mort cérébrale est un donneur d'organes consentant, sauf si de son vivant il a formulé son refus. Cette formule, qui s'inspire des principes de la solidarité et de la fraternité nationale, n'aura plus besoin du consentement obligatoire de la famille du donneur potentiel.
Si une telle loi n'est pas promulguée, les transplantations cardiaques resteront très rares dans le pays, décourageant les équipes médicales, sociales et hospitalières et beaucoup d'autres jeunes comme Philippe décéderont sur les listes d'attente libanaises à la suite du refus de don d'organes de la famille proche ou lointaine des morts cérébraux.
Ne serait-il pas temps d'avoir un éveil de conscience pour donner à nos malades les moyens de se faire transplanter dans leur pays et au sein de leurs familles ? Tout en sachant qu'il ne sert à rien de prendre nos organes au paradis, car le paradis sait qu'on en a plus besoin sur terre !
Chirurgien cardiaque, spécialiste en transplantation cardiaque


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