Y a-t-il plus horripilant qu'un type qui arrive en sens interdit et qui vous insulte? La voilà la micro-agression type, celle qui a le don de vous mettre en rogne, de vous foutre une journée en l'air. La conduite. Le volant. L'auto. L'horreur ! Le summum du stress. Un véritable combo de mini-agressions. Klaxons, queues de poisson, sens interdits, 4 x 4 mal garé, taxi qui ralentit. Taxi qui ralentit! Je hais les taxis collectifs. Les chauffeurs des services qui vous passent sec sous le nez pour prendre un « rékeb » qui patiente sur la droite et qui vous klaxonnent pour voir si vous avez besoin d'eux alors que vous vous promenez tranquillement rue du Liban.
Si seulement cela s'arrêtait aux chauffeurs des services. On ne peut pas faire 100 mètres dans ce pays, quand on est une femme, sans se faire siffler, appeler, zyeuter, accoster ou provoquer. Et c'est rarement de jolis compliments ou des regards tendres que l'on vous envoie. On est bien plus dans la vulgarité et l'indécence que dans la poésie. On entend parfois de telles insanités que beaucoup de femmes se sentent quasiment violées par tant d'impudeur. On peut donc oublier jupes courtes, talons et maquillage. Quand on veut marcher au Liban, il faut s'habiller genre pocharde... et encore. En fait ici, si tu es une femme, vaut mieux rester chez soi : au volant, tu te fais allumer, à pieds, tu te fais allumer.
Dans le genre réceptions des micro-agressions, on est vernies. Mais bon. Le truc au Liban, c'est qu'on manque un peu de civisme, d'éducation et de bonnes réglementations. C'est surtout ça le problème. Il passe rarement une journée sans qu'il y ait eu un accrochage avec nous ou autour de nous. Si les trajets en voiture sont périlleux, il n'en est pas moins des virées au restaurant. Entre les serveurs qui n'y comprennent souvent pas grand-chose et surtout les clients qui agressent ces pauvres « maîtres », on n'est pas sorti de l'auberge - et c'est bien le cas de le dire. Votre plat traîne, le champagne est chaud, le vin bouchonné, le verre mal lavé et ça part en vrille. Altercation par-ci, grognement par-là. Mauvaise soirée. Sans compter les agressions visuelles et auditives subies durant ce même dîner. Voisins de table bruyants, gens grossiers, ventre bedonnant dans un top ultramoulant. La vulgarité et le manque de considération esthétique sont d'importantes agressions visuelles. Tout comme le manque d'urbanisme. Kif kif bourricot : agression visuelle. La baie de Jounieh tuée par des constructions non réglementées, les carrières qui bousillent la montagne, les squelettes des immeubles qui demeurent ainsi ad vitam æternam... une anarchie sans pareil. Normal, vu le bordel ambiant. Passons les crottes de chiens qui ornent les trottoirs, les panneaux publicitaires qui poussent à foison, les kleenex jetés par la fenêtre et les poubelles qui se déversent un peu partout. Dans la mer surtout. Là, on est carrément dans la macro-agression...
Mais revenons à nos moutons. Le téléphone. Les SMS et autres BBM, Whatsapp, MSN, Facebook sont de terrifiantes mini-intrusions dans notre vie privée. Ça sonne, ça bip, ça vibre, ça resonne, ça rebip, ça revibre. Sans cesse. Micro-agressions quotidiennes et permanentes. Effrayant... Et la liste est longue. Musique à fond la caisse à 2 heures du matin, sirène d'alarme qui ne s'arrête pas de hurler, chantier qui commence à 7 heures un dimanche matin, la voisine qui décide de bouger les meubles le jour où vous faîtes 40 de fièvre, les commérages des gens que vous avez sorti de votre vie, le snobisme des uns, les jugements des autres, le manque de liberté, le « daraké » qui vous arrête parce que vous avez fait du 55 à l'heure et qui ne sanctionne pas le chauffard ivre qui brûle un feu - normal, c'est ledit daraké qui lui a dit de passer -, la contravention de dépassement de parcmètre à 2 minutes près ou le traiteur qui a oublié votre salade. Y'en a des tonnes... Pffft, il y a le réveil qui sonne.


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