Plus humain
C'est avec un immense soulagement que Nadal a accueilli cette victoire, s'écroulant sur le court à deux reprises, une fois avant et une fois après avoir amicalement salué Söderling, puis laissant échapper quelques larmes sur sa chaise, caché sous sa serviette. « C'est l'une des victoires les plus importantes de ma carrière. Ma dernière année a été semée d'embûches. Après la défaite à Roland-Garros en 2009, ça a été particulièrement difficile pour moi, notamment à cause des blessures. J'étais frustré. À l'US Open, j'avais une déchirure abdominale, à l'Open d'Australie j'ai dû abandonner... C'est pour ça qu'aujourd'hui (NDLR : dimanche), c'est une journée très spéciale. Après le match, j'ai pleuré à chaudes larmes. C'est une satisfaction personnelle. C'était un moment plein d'émotion. La tension s'échappait. Et puis, la semaine dernière, Asuncion Estruch (NDLR : une doctoresse qu'il consultait occasionnellement) est décédée. Cela m'a beaucoup marqué. Je n'ai pas pu assister à ses obsèques. C'était une personne extraordinaire, gentille, elle me manque énormément. Cela m'a beaucoup affecté, je dois le dire. »
Ses premiers mots, le Majorquin faisait même l'effort de les délivrer en français - « Merci au public pour le support ! » - pour le plus grand plaisir des spectateurs du court Philippe-Chatrier : « Je n'ai pas beaucoup de facilité pour les langues, mais je n'ai pas honte de parler. Je suis de moins en moins timide », expliquera-t-il ensuite en conférence de presse. Bien que redevenu indestructible, Nadal commence à montrer quelques failles qui le rendent plus humain : « Nous avons tous nos propres doutes, nos interrogations. Je ne fais pas exception à la règle. J'ai joué ce tournoi avec plus d'anxiété que d'habitude. » Le syndrome « petit bras » dont il a été victime en demi-finales contre Jürgen Melzer en est un autre exemple : « J'ai parfois cette peur de gagner, effectivement. » Une confidence qu'il n'aurait jamais faite par le passé. Cela ne l'empêche pas de récupérer la place de n° 1 mondial, exactement 11 mois après l'avoir perdue (à l'issue de Wimbledon).
Federer perd son trône
Avec 2 000 points glanés, soit 1 820 de plus que l'année dernière, Nadal compte désormais 8 700 unités, tandis que Federer, qui en a perdu 1 640 sur cette quinzaine, en affiche 8 390 au compteur. Absent de toute la saison sur gazon et d'une partie de la tournée américaine en raison de tendinites aux genoux l'an dernier, le protégé de Toni n'est pas près de recéder son sceptre en 2010. Même Söderling le pense : « Rafa a la possibilité d'être
n° 1 mondial pendant très longtemps s'il continue à jouer comme ça. En plus, sur terre battue, il est quasiment imbattable. » Au grand dam de Federer, bientôt 29 ans, qui pourrait par conséquent ne jamais égaler le record de Pete Sampras au nombre de semaines passées au sommet de la hiérarchie mondiale (286). La fin d'une ère ? L'avenir le dira. Ce qui est sûr c'est que le Suisse a eu du mal à digérer sa défaite contre Robin Söderling, rendant les conditions météorologiques en partie responsables de son échec.

