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Liban - L’Éclairage

Les municipales préfigurent un chambardement des alliances en 2013

Le premier des festivals de l'été cela va être, sous peu, le défilé d'estrade de leaders et de pôles pour commenter, à l'adresse de l'opinion publique, les résultats des municipales. Chacun d'entre eux dira, propagande oblige, combien et comment il a gagné, car ils se targuent tous d'être gagnants.
Mais les états-majors procèdent, entre quatre murs, à des évaluations bien plus objectives de l'échéance, qui s'est avérée finalement aussi globalement politique que familiale. Ce qui en permet une lecture assez pointue des changements, plus ou moins accusés, dans des rapports de force divers, entre camps principaux ou collatéraux, comme au sein des communautés ou dans les régions. Au-delà des scores, des pertes et profits, les municipales dégagent une leçon primordiale : la fluidité, la mobilité, l'instabilité et l'incertitude des alliances quand il s'agit d'élections. Le déroulement du scrutin, çà et là, montre que les législatives de 2013 ont de fortes chances de ne pas suivre le dernier modèle expérimenté. Et sans être nécessairement calquées sur la pénultième consultation, marquée par l'ahurissante coalition des Quatre (Courant du futur, Hezbollah, Amal et PSP), elles ne devraient pas être coulées dans le moule du clivage 14 Mars-8 Mars. Ce serait plutôt un inextricable fouillis, comme aux municipales : des frères d'armes qui tantôt ou ici se serrent bien les coudes, tantôt ou là se trahissent les uns les autres, pour s'allier avec le diable d'en face. Bien des partis devraient choisir, sauf dans des sites bien déterminés où la discipline sert leurs intérêts, de ne pas donner de mots d'ordre stricts aux candidats potentiels relevant de leur obédience, à leurs sympathisants, ou à leur électorat. Et il n'est pas exclu que dans bien des listes opposées, on lise des noms appartenant à une même famille politique.
Les municipales ont donc tout l'air d'annoncer de spectaculaires retournements de situation en 2013. Les exemples sont légion. Notamment en pays de croix. À tout seigneur, tout honneur, Zahlé, qui reste la plus proéminente des cités chrétiennes d'Orient, voit la majorité, qui avait pu remporter la palme aux dernières législatives, se faire battre sèchement par Skaff. Elle limite certes les dégâts, puisque deux de ses candidats ont pu se faire élire et rejoindre les dix-neuf autres membres du conseil municipal. Mais elle est en droit de s'inquiéter pour 2013. Car Skaff, en larguant dans un premier mouvement le handicap de son alliance avec le CPL, peut sans doute continuer sur la même voie, en cherchant à s'entendre avec Hariri pour se le gagner et pour, du même coup, lui faire lâcher régionalement les Kataëb et les FL. Sans craindre de paraître leur tourner le dos, puisqu'il lui suffirait de laisser à l'important électorat sunnite du caza la liberté de voter à son gré. Ce qui, autre avantage, permettrait à Skaff de préciser qu'il ne rejoint ni le Courant du futur ni le 14 Mars, et qu'il défend avant tout un Zahlé politiquement autonome. Autre atout pour lui : les municipales ont consacré la dislocation de l'alliance, gagnante en 2009, entre les Kataëb, les FL, et Nicolas Fattouche, localement puissant parce qu'il est grec-catholique dans une ville qui est le fief de cette communauté. Or, et c'est un détail qui compte, tout comme le CPL qui vient de l'éprouver, les Kataëb et le FL sont considérés par le chauvinisme zahliote melkite comme des partis essentiellement maronites. Des hôtes, éventuellement tolérés comme seconds couteaux par le marais des modérés, les radicaux du cru les considérant même comme des intrus, qui ne devraient ni dicter sa ligne à Zahlé ni la représenter.
Toujours en pays chrétien, sur le littoral, le CPL a subi un revers sévère dans la région de Jbeil, et dans son chef-lieu, qu'il avait électoralement dominé de la tête et des épaules en 2009. Chef de la liste soutenue par Michel Aoun, qui s'était rendu à ses côtés la veille du scrutin, Jean-Louis Cardahi se plaint d'avoir été lâché par le Hezbollah et par Amal, les deux tiers des suffrages chiites s'étant portés sur la liste adverse. De même, ayant dû s'écarter de la course à Beyrouth pour n'avoir pu imposer ses demandes, le chef du CPL a voulu faire de l'élection des moukhtars dans les quartiers chrétiens de la capitale un test de popularité. Et là aussi, il a perdu. Par contre, il s'est conforté à Jezzine, aux dépens de l'influence du chef d'Amal, Nabih Berry. Un point qui montre donc combien les alliances pour 2013 devraient être versatiles, et ne pas obéir au clivage rive droite, rive gauche du 14 et du 8 Mars. Sans compter, dans ce même esprit, qu'aux municipales, le Tachnag n'était plus aux côtés de Aoun.
Enfin le Courant du futur a perdu des zones qu'il contrôlait dans le Akkar et dans la Békaa, plus particulièrement dans la Békaa-Ouest. Des régions touffues, difficiles sur le plan des élections législatives, et le Courant pourrait y avoir moins de succès que lors de la précédente édition.
Le premier des festivals de l'été cela va être, sous peu, le défilé d'estrade de leaders et de pôles pour commenter, à l'adresse de l'opinion publique, les résultats des municipales. Chacun d'entre eux dira, propagande oblige, combien et comment il a gagné, car ils se targuent tous d'être gagnants.Mais les états-majors procèdent, entre quatre murs, à des évaluations bien plus objectives de l'échéance, qui s'est avérée finalement aussi globalement politique que familiale. Ce qui en permet une lecture assez pointue des changements, plus ou moins accusés, dans des rapports de force divers, entre camps principaux ou collatéraux, comme au sein des communautés ou dans les régions. Au-delà...
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