On rêve de se marier depuis tout petit. Raphaël, cinq ans : « Maman, est-ce que les enfants peuvent se marier ? » Pourquoi chéri ? « Je voudrais épouser mon amoureuse. » Et si c'était ça le mariage idéal ? Un pacte contracté à 5 ans. Révolu à 6 et demi. 550 jours de bonheur. Sans couac ni accrochage. Pas de frais de divorce ni de garde des enfants. On reste amis et on s'aimera toujours. Et on enchaînerait les cérémonies dans la cour de récréation avec tous ses potes pour témoins et la maîtresse en guise de maire. On offrirait des jelly beans et du jus de pomme, le voile de la mariée serait en papier toilettes et les Converse seraient de rigueur. Super Mario Bros, les Winks et autres Dragon Ball seraient les thèmes de nos cadeaux : en jeux pour DSi, en tee-shirts, en personnages de caoutchouc. Le rêve. Impossible donc. Impossible de prendre à la légère ce sacrement. Les seules entorses possibles sont le mariage civil (mon Dieu, pardonnez-nous !), un carton d'invitation plus moderne, une cérémonie à même la pelouse, des invités de moins de 50 ans et un compte en banque au lieu du service en argenterie. À part ça, le passage devant le curé, le maire, le mufti est obligatoire. Sinon pas de vie à deux, pas d'enfants, pas de statut à part sur Facebook... Le temps passe, les sentiments s'effritent, la routine s'installe, les problèmes s'accumulent. Le topo habituel. Pas besoin d'aller voir un conseiller conjugal ou un spécialiste ès union foireuse pour savoir que c'est le chemin classique que la plupart des gens empruntent.
Alors ce serait quoi le mariage idéal, l'union parfaite ? Et surtout ce serait comment ? Un CDD de sept ans renouvelable, comme le proposait une députée bavaroise? Un contrat oral sans engagement écrit, sans rancœur, sans poursuites judiciaires, sans haine ni violence? Et si le mariage idéal était un non-mariage ? Une non-demande, comme le chantait Brassens. Une vie à deux, mais pas sous le même toit. Sur le même palier ou sur deux étages plutôt, comme Tim Burton et Helena Bonham Carter. OK, faut avoir les moyens, mais on peut trouver une alternative, comme deux chambres et donc deux salles de bains (n'est-ce pas mesdames?), ou deux lits comme à l'ancienne. Et si on peut se foutre des conventions, de la morale bourgeoise, du qu'en-dira-t-on, du mode de vie des binômes et de tout le toutim qui vient avec, on ne devrait pas se marier avant 50 ans. On passerait le dernier tiers à deux. Le problème des enfants ne se poserait pas. On en aurait d'une façon plus contemporaine. On profiterait de la jeunesse, de la vie - même à deux. Surtout à deux. On n'attendrait pas la retraite pour faire une croisière. On pourrait aimer plusieurs fois sans se faire taper sur les doigts et, enfin, on rencontrerait le compagnon de notre vieillesse. Celui ou celle qui nous accompagnerait dans le moment le plus important de notre vie. La fin de notre vie.


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