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Nos lecteurs ont la parole

Vers une noble synthèse

Molly SELWAN
Le plus grand démenti que pouvaient recevoir les partisans de l'abolition du confessionnalisme politique on le trouve dans les résultats de ces élections municipales où, plus que jamais, les communautés étaient, toutes proportions gardées, présentes. Une profonde déconvenue dans les rangs des citoyens provient de ces mêmes élections, où toutes les conditions étaient remplies par les candidats, hormis celles demandées par les Libanais à l'État, soit : des responsables qualifiés, aptes à leur faciliter un quotidien devenu de plus en plus difficile à gérer au fil des années.
On a vu le politique s'immiscer en force dans les affaires municipales. On a vu de même les chefs de famille s'investir à défendre leur fief, hérité de père en fils. Malheur à l'individu qui, plein d'espoir et fier de ses capacités, s'aventure dans ce domaine avec le désir de servir son village ou sa région ; il se verra sommé de renoncer à sa candidature au profit de la liste du parti majoritaire, évitant ainsi une soi-disant bataille, tragique pour la localité. Il est étrange de constater la similitude entre le processus suivi dans les municipales de ce mois de mai 2010 et celui des législatives de juin 2009, où des figures emblématiques actuelles (certain éminent présidentiable) ont été priées de se retirer pour laisser la place à d'illustres inconnus, parce qu'appuyés par leur parti politique. Pourquoi le mérite personnel est-il exclu de la marche vers le pouvoir ? Cette « société système » vers laquelle tout semble converger a été dénigrée par nombre de philosophes. Parmi eux notre grand écrivain Gibran Khalil Gibran. Ce dernier, dans sa Cité d'Orphalèse, favorise l'épanouissement de l'individu, de sa personnalité intrinsèque, nécessaire pour la continuité de la
civilisation...
C'est une impression de barricades qu'ont donnée ces élections ; de « sociétés closes », thème développé par Henri Bergson par opposition aux « sociétés ouvertes ». L'attitude des partis tend à faire de notre pays un ensemble de mini-États, de cartels, où la valeur de la personne correspondra bientôt à un chiffre dans une entité.
Plus que jamais le Liban est fractionné et, quelque part, le dialogue fait défaut. Le tableau est triste, inachevé, comme un puzzle dont les pièces manquantes laissent des espaces vides. Une rue chrétienne, divisée sur elle-même, où l'on échange des accusations. Une région druze repliée sur son autosécurité sous des slogans obsolètes arabo-palestino-nassero-syriens. Une communauté chiite dont une partie essaie, en vain, de se libérer du destin militaire que l'on fait peser sur elle. Un sunnisme tiraillé entre prosyriens et prosaoudiens, plongé dans une économie démesurée, dans l'attente d'un tribunal international qui bafouille et n'en finit pas d'éponger des millions de dollars par an (jusqu'à la prochaine bulle financière). Etc. Pour chapeauter le tout, un État embourbé dans la démocratie consensuelle, avec une opposition dans ses rangs.
Il y a un décalage entre limiter les décisions à des chefs de partis politiques, autour d'une table, et la volonté d'un peuple traduite par des élections législatives. Le système dans lequel nous vivons favorise un statu quo (je dirais même un statisme). En faisant la politique de l'autruche, l'Exécutif semble ignorer qu'il existe une distance entre l'image charismatique d'un leader et sa propre réalité, entre ses discours ronflants de promesses et son attitude face à la Constitution. Dans son livre Ces malades qui nous gouvernent, le Dr Pierre Rentchnick fait passer, entre autres, le message suivant «... Que l'exercice du pouvoir, dans certains pays, devient une drogue, dont ces hommes n'arrivent pas à se passer... ». Cela nous donne à réfléchir sur les capacités des dirigeants. Le Liban est-il vraiment le pays des libertés ? Les chefs des communautés, ayant fait la guerre, devraient démissionner car leur personne, par ce qu'elle a représenté dans le passé, continue à être une cause de polémique et un obstacle à l'unité des citoyens. Étant entendu que tous ont enfreint certaines limites à cette époque, il est temps, pour eux, de se résigner à une passation de pouvoirs à leurs seconds et de prendre ainsi un repos bien mérité. Peut-être, alors, s'engagera le dialogue et le pays évoluera, car : « La vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier », comme disait Gibran Khalil Gibran.

Molly SELWAN
Le plus grand démenti que pouvaient recevoir les partisans de l'abolition du confessionnalisme politique on le trouve dans les résultats de ces élections municipales où, plus que jamais, les communautés étaient, toutes proportions gardées, présentes. Une profonde déconvenue dans les rangs des citoyens provient de ces mêmes élections, où toutes les conditions étaient remplies par les candidats, hormis celles demandées par les Libanais à l'État, soit : des responsables qualifiés, aptes à leur faciliter un quotidien devenu de plus en plus difficile à gérer au fil des années. On a vu le politique s'immiscer en force dans les affaires municipales. On a vu de même les chefs de famille...
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