La reddition de Bersaoui, souhaitée par les Forces libanaises, doit apaiser les esprits et, surtout, barrer la voie à d'éventuelles vendettas que le député Sleimane Frangié a indirectement encouragées, samedi, dans sa conférence de presse, en affirmant qu'il « n'exercera plus de pressions » sur ses partisans « pour qu'ils fassent preuve de retenue ». Des propos vivement dénoncés par les députés FL Sethrida Geagea, Farid Habib et Élie Keyrouz ainsi que par le chef du Mouvement de l'indépendance, Michel Moawad.
M. Frangié a tenu son discours belliqueux, dans lequel il s'en est pris au leader des FL, Samir Geagea, à titre personnel, le qualifiant de « criminel », alors que Dahr el-Aïn enterrait ses deux morts. Il a tenu sa conférence de presse à Bnechay, en présence du député Estéphan Doueihy et d'un groupe de ses partisans. Après avoir rappelé les incidents entre les deux familles et les circonstances dans lesquelles les deux jeunes sont morts, il a immédiatement attaqué M. Geagea, sans le nommer, en affirmant : « Je me demande pourquoi il n'y a pas eu d'incidents sur le scène chrétienne pendant toute la période de détention de certaines personnes ? Pourquoi, depuis que cet homme est sorti de prison, tous les incidents qui se sont produits sur la scène chrétienne impliquent des partisans des FL ? »
Soulignant qu'il n'a pas de « problèmes avec les Forces libanaises en tant qu'institution », le député de Zghorta s'est adressé à leurs partisans pour leur dire qu'« ils ne soutiennent pas un homme politique à la tête d'un parti, mais un criminel sorti droit de prison et implanté au cœur de la communauté maronite pour consolider » leur « influence et projet politique au sein de cette communauté ». « Ce criminel est resté comme tel et son projet reste celui de la discorde et son passé chargé de sang », a-t-il poursuivi, avant de s'adresser aux alliés de M. Geagea, toujours sans les nommer, dont le Premier ministre, Saad Hariri, pour « attirer leur attention sur le fait qu'ils soutiennent un criminel et qu'ils le renforcent au sein de sa communauté ». « À travers une politique déterminée, il (le chef du gouvernement) appuie un criminel », a insisté M. Frangié qui a ensuite dit une chose et son contraire. Il a ainsi exprimé l'espoir que les municipales se déroulent dans « un climat calme et paisible », avant d'affirmer qu'il s'en veut parce qu'il appelait les gens à la retenue. « Ce n'est pas à moi d'assumer le rôle des services de sécurité. Je ne descendrai plus dans la rue pour empêcher mes partisans d'agir. Je n'exercerai plus de pressions sur nos hommes pour qu'ils fassent preuve de retenue et je demande à chaque individu que j'ai appelé à faire montre de retenue, à m'excuser. Que l'État assume ses responsabilités à l'échelle nationale. Plus personne n'est responsable de personne. »
Catégorique, il a assuré qu'une réconciliation avec le chef des FL est hors de question. « Le sang ne fait qu'augmenter entre nous », a-t-il dit.
Un problème familial local
Pourtant, les proches des Saleh continuent de placer le meurtre de vendredi soir dans un contexte familial local. Un des cousins des deux jeunes victimes, Charbel Nouh, a ainsi confié à notre collaboratrice Suzanne Baaklini, en reportage dans la région, que la famille n'appartient pas au Marada et que l'incident n'a pas de dimension politique. Il l'a situé dans le cadre des séquelles des municipales de 2004 et de la rivalité qu'elles avaient provoquée entre les deux clans, avant de rappeler que mercredi dernier, les deux fils de Bersaoui avaient attaqué les trois frères Saleh, dont un a dû être hospitalisé. Des missions de bons offices avaient été menées et pour éviter que la tension ne s'exacerbe, les Saleh avaient retiré leur plainte et les deux jeunes Bersaoui devaient être relâchés le jour même. Mais le jour-même, a poursuivi Charbel Nouh, ils ont repris leurs provocations. Tony Saleh, a-t-il dit, a averti son frère qu'il allait se plaindre auprès de leur père, et il s'est rendu auprès de ce dernier sans tenir compte des conseils de son frère de ne pas réagir. Nayef devait ensuite suivre son frère qui avait été entre-temps abattu par Hanna Bersaoui avant d'être tué à son tour, selon Nouh.
Les députés Sethrida Geagea et Farid Habib ainsi que M. Michel Moawad ont immédiatement répondu au député de Zghorta, déplorant son « incitation aux troubles » et ses attaques contre le leader des Forces libanaises. Mme Geagea s'est dit étonnée des propos de Frangié et a rappelé qu'en 2005, un des partisans du chef des Marada, Abou Wajih, avait abattu deux jeunes membres des FL de Bazaoun et s'était réfugié en moins de 24 heures à Damas. Hier, Mme Geagea a invité les Bersaoui à livrer aux autorités compétentes le meurtrier des jeunes gens. Elle a annoncé qu'avec son collègue Élie Keyrouz, elle a demandé à l'épouse de Bersaoui, Mountaha, et à son fils, Tony, de se rendre à Bécharré et de demander à Hanna de se livrer aux autorités, ce qu'il a fait quelques heures plus tard.
Le député Farid Habib a pour sa part vu dans les « excuses » que Sleimane Frangié a présentées à ses partisans (pour leur avoir demandé de faire preuve de retenue) « une incitation flagrante et directe à la violence contre les partisans des FL aux municipales » et a estimé que le chef des Marada « a perdu la boussole ».
M. Michel Moawad a stigmatisé l'exploitation politique de l'affaire et a également affirmé redouter que « les excuses du député Sleimane Frangié ne soient interprétées comme une invitation à un règlement de comptes ». Soulignant qu'il fait assumer au chef des Marada la responsabilité de tout incident qui se produirait, il a indiqué qu' « en dépit des divergences politiques, il est nécessaire qu'une entente persiste au sujet des lignes rouges que sont la stabilité et la concorde dans la région ».
De son côté, le député Élie Keyrouz a tenu, hier en fin de matinée, une conférence de presse au cours de laquelle il a, sans ambages, fait assumer au chef des Marada la responsabilité de toute effusion de sang. Il a refusé l'exploitation politique de l'incident de Dahr el-Aïn et a mis l'accent sur la nécessité que cette affaire soit réglée dans le cadre de la loi. Après avoir présenté ses condoléances aux familles des victimes, il s'est arrêté sur les attaques menées par M. Frangié contre le leader des FL, critiquant des propos « incohérents », avant de s'interroger sur le point de savoir « qui demande constamment au député Frangié de s'en prendre, même sans raison, aux FL ». Lui aussi a violemment critiqué les Marada en relevant que le parti des FL « coexiste parfaitement avec toutes les factions politiques mais n'a eu de conflits sanglants qu'avec les Marada, pour des raisons historiques liées à leur mentalité militaire, féodalo-politique, à leur despotisme et à leur tendance à attaquer les gens, à essayer de supprimer les autres et à refuser le dialogue ».
Dans le même ordre d'idées, il a considéré que « les provocations et les menaces du député Frangié sont en parfaite concordance avec son passé politique fondé sur le sang, la rancune et le harcèlement de ses rivaux », avant de se demander si les trois pôles du pouvoir acceptent ce genre de logique.
Le député de Bécharré a conclu en indiquant que les Forces libanaises « continueront de pratiquer la retenue et resteront attachées aux libertés, notamment la liberté d'opinion et la démocratie ».


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine