"La jeune génération s'est détachée des stéréotypes soviétiques comme l'idée d'être redevable de tout à l'État" assure Vladimir Sorokine.
"+Roman+ est un livre sur la destruction, la brisure de la vie", explique Sorokine, âgé de 54 ans, dans un entretien accordé à l'AFP en marge des Assises internationales du roman, qui se déroulent à Lyon jusqu'à dimanche.
Il y met en scène le crépuscule de la Russie du XIXème siècle, "détruite par les bolcheviques", à travers le destin de Roman, jeune propriétaire terrien typique des romans de Tourgueniev qui, après 500 pages de flânerie dans la campagne russe, se met à tuer à la hache tout son village, sur les cent dernières pages de ce roman publié chez Verdier.
D'isba en isba, il décapite popes, vieillards et nourrissons, avec une hache reçue en cadeau de noces, sa jeune épouse l'accompagnant en agitant une clochette. Têtes et viscères sont ensuite déposées sur l'autel de l'église.
Au-delà de la métaphore historique, de décapitation du régime tsariste par les bolcheviques, "mon but était essentiellement littéraire", explique Vladimir Sorokine d'une voix douce, parfois suspendue par un bégaiement.
"Cette dernière partie incarne ce que le XXème siècle a apporté au roman", avec la répétition des mêmes phrases pour décrire le massacre, jusqu'à la nausée, ajoute-t-il.
"La voie de Bro", deuxième volet d'une trilogie débutée avec "La Glace" (L'Olivier, 2005), suit quant à elle une secte imaginaire qui part à la recherche de ses "frères", dont elle "réveille le coeur" en leur plantant un pic à glace dans la poitrine. Et tant pis si les non-élus, ces "machines de chair", en meurent au lieu de se réveiller.
Une transposition des régimes totalitaires, où "l'homme n'est qu'un matériel humain", comme celui de Staline, qui "a utilisé la population comme du matériel de construction".
"Tout cela a un peu changé aujourd'hui. La jeune génération s'est détachée des stéréotypes soviétiques comme l'idée d'être redevable de tout à l'État, d'en être l'esclave", assure-t-il.
Sorokine se félicite de ce que les jeunes Russes soient devenus individualistes et "ne comprennent plus la notion de peuple".
"+La voie de Bro+ et +Roman+ parlent de la Russie bien sûr, de son grotesque, de son irrationalité. Vivre en Russie, c'est très intéressant en tant qu'écrivain mais parfois très déprimant en tant que citoyen", dit-il dans un sourire las.
Vladimir Sorokine avait été poursuivi en 2004 devant la justice par le mouvement de jeunesse pro-Poutine, "Ceux qui marchent ensemble", qui l'accusait de "pornographie" pour son roman "Le lard bleu", où il inventait une scène de fornication entre hauts dirigeants soviétiques. Ils avaient brûlé ses livres en place publique, ne faisant que renforcer l'image de Sorokine en Occident de mouche du coche persécutée.
"Pour l'heure, je ne fais plus l'objet de menaces, mais nous vivons dans un pays imprévisible, vous savez...", ajoute, sans emphase, celui qui a été un des premiers intellectuels à s'insurger contre l'emprisonnement de Mikhaïl Khodorkovski, l'ancien PDG du groupe pétrolier Ioukos, objet d'un nouveau procès alors que Dmitri Medvedev a succédé à Vladimir Poutine au Kremlin.
"L'affaire Khodorkovski est très symbolique pour la Russie. Si Medvedev l'avait fait libérer, cela l'aurait posé en réformateur", critique Sorokine, fustigeant "la corruption totale du pouvoir et l'écrasement de toute opposition politique".
"+Roman+ est un livre sur la destruction, la brisure de la vie", explique Sorokine, âgé de 54 ans, dans un entretien accordé à l'AFP en marge des Assises internationales du roman, qui se déroulent à Lyon jusqu'à dimanche.
Il y met en scène le crépuscule de la Russie du XIXème siècle, "détruite par les bolcheviques", à travers le destin de Roman, jeune propriétaire terrien typique des romans de Tourgueniev qui, après 500 pages de flânerie dans la campagne russe, se met à tuer à la hache tout son village, sur les cent dernières pages de ce roman publié chez Verdier.
D'isba en isba, il décapite popes, vieillards et nourrissons, avec une hache reçue en cadeau de noces, sa jeune...


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